altPicture76285501

L'ardoise étale

Modifié le : 2019/08/04

Mes jour­nées se teintent d’infimes contrastes, de vague­lettes léchant zen­ne­ment la plage des heures, comme si rien n’allait se pas­ser, comme si tout était à faire. Ce n’est ni l’aube ni le cré­pus­cule, ce n’est rien et tout est là.

J’apprends un air de Fau­ré, Mai, ce sont des notes en den­telle. J’apprends éga­le­ment les pas­sages cho­rals de Babi Yar, la sombre sym­pho­nie de Chos­ta­ko­vitch. J’observe ces gens qui, comme ces deux œuvres, oscil­lent entre le bon­heur et la connais­sance du Mal. Et je n’ai plus de voix depuis quatre jours. Elle va et vient, lorsque les pou­mons réus­sissent à contrer la toux.

J’attends aus­si une réponse d’un édi­teur. Il a levé, par inté­rêt, les sour­cils, et son comi­té de lec­ture doit rendre sous peu une déci­sion. J’aimerais espé­rer, j’en suis en ce moment inca­pable, par crainte de voir déguer­pir le des­tin si je tente trop d’attirer ses faveurs.

Je ne suis ni dans l’œil d’un cyclone ni à son pour­tour. J’ai du tra­vail pour me désen­nuyer, j’ai des tra­vaux pour m’occuper, j’ai du chant pour m’inspirer, j’ai des idées pour plu­sieurs his­toires. Tout s’étale telle une mer calme. Le silence dans mes angoisses, des remous dans mon ventre.

Pour être heu­reux, il suf­fit d’effacer réso­lu­ment l’ardoise. Quand j’aurai atteint la rivière, je déci­de­rai si je dois et com­ment la franchir.

Il pleut dou­ce­ment. Ce n’est ni le déluge ni la sécheresse.

#484943
#757672