altPicture1600260243

Le bonheur anéanti

Modifié le : 2019/08/05

Le chaud contre le froid, le prin­temps se fait tendre à tuer l’hiver, le brouillard mati­nal accli­mate nos yeux à peine sor­tis des tun­nels opaques de la nuit. Demain, j’irai à des funé­railles. Un frère de ma mère s’est éteint après l’incontournable lutte contre son cancer.

La mort res­semble à cette brume à la sur­face étale de nos consciences. Vieillir, c’est apprendre à voir l’ombre de sa sil­houette s’approcher patiem­ment vers nous pen­dant que son fre­don, au départ inau­dible, nous envoute de plus en plus jusqu’à n’avoir d’yeux et d’oreille que pour les ques­tions qu’il nous impose ou pour les illo­gismes qu’il nous suggère.

Lorsqu’on meurt jeune, au champ de bataille ou dans la fleur de l’âge, dans les bras vivants de nos amants les jours, on n’a guère le temps ou l’esprit de se résigner.

L’abdication est le com­men­ce­ment d’un salut. Les reli­gions en ont codi­fié toutes les étapes. Et quand bien même aurait-on chas­sé de sa tête les idoles ven­ge­resses, les sym­boles tri­ni­taires, les rai­sins, la pro­messe de vierges gour­mandes, quand bien même aurait-on gal­va­ni­sé nos pen­sées, il y a que, au der­nier moment, ces efforts sont vains, puisqu’il faut rendre l’âme à ce qui ou à celui, celle, cette chose innom­mable dont on s’est dis­trait un temps à sup­pu­ter l’existence. On plie alors un genou, puis un deuxième, on fait silence, on colle son front contre le sol et on retourne là où on était, dans une pous­sière aus­si douce que le brouillard, aus­si muette que le bonheur.

Non pas libé­ré enfin, seule­ment anéan­ti comme il se doit.

Classé dans :mortvieillir

#342a2b
#5c5e6c