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Le chant accordéon

Modifié le : 2019/07/24

Où va ma vie, par ces jours plu­vieux et enso­leillés ? Un peu comme cette météo chan­geante de 2013. En moi, autant le calme d’un vieux lac que les écla­bous­sures d’une rivière nour­rie par une loin­taine cime.

Si j’étais un ancêtre autoch­tone, je ver­rais sans doute le che­min tra­cé du chan­ge­ment. Mais je ne suis qu’un Occi­den­tal vieillis­sant et urba­ni­sé ; l’écran de mes nom­breux ordi­na­teurs me gruge autant la séro­to­nine que la capa­ci­té de rêver.

Pour­tant, je rêve et je rêve encore. J’ai une de ces nau­sées à devoir m’occuper de mes finances, j’ai un de ces hauts le cœur à voir la pla­nète humaine s’entredéchirer ou se perdre dans les réa­li­tés vir­tuelles. Je souffre et me nour­ris à un ver­tige insi­gni­fiant. Tout, je dis bien tout ce que je res­sens par­ti­cipe de la légè­re­té et de la lourdeur.

Il s’agit là d’un uni­vers fait tout en hau­teur, il s’agit d’une réa­li­té qui m’interpelle, il s’agit presque d’une voca­tion existentielle.

Et ain­si vont mes jours. Les jeu­dis, c’est jour de chant. Mal­gré mon silence à en décrire la pro­gres­sion, cet aspect de ma vie s’épanouit, pro­voque de belles éclair­cies à l’horizon.

Il y a deux mois, un ami comp­table m’a sug­gé­ré de sur­seoir à ce cours, le temps que je me refasse une san­té finan­cière. Je l’ai regar­dé en sou­riant et lui ai répon­du un peu vio­lem­ment que je n’en ferais rien. Je man­ge­rai sept jours sur sept du tabou­lé, s’il le faut, mais n’abandonnerai pas ce leçons.

Car, bon an mal an, ma voix semble se libé­rer. J’arrive, voyez-vous, à émettre des « si ». Bécarre, je vous le dis. Et tan­tôt je hurle, tan­tôt je coince des « do ». Si, si. Des « si » exsangues et des « do » hur­lés, mais des si-do tout de même. Ce fai­sant, cette capa­ci­té libé­ra­trice à émettre des sons influence tan­gi­ble­ment ma vision du monde, mon appré­hen­sion de l’existence. Ce n’est pas d’un tra­vail pénible, mais il faut demeu­rer patient, se mettre à la tâche, se lais­ser aller.

Cela est somme toute dif­fi­cile à décrire. Comme le dit sou­vent mon pro­fes­seur Vincent, il n’y a pas de notes hautes, il n’y a pas de notes basses. Il n’y a qu’un esca­lier hori­zon­tal, une volon­té accor­déon. La magie s’opère quand on réus­sit à conser­ver son objec­tif, quand on écoute vrai­ment le son et qu’on ne cherche pas à le contrô­ler, quand on place men­ta­le­ment sa voix dans le fond de son palais et qu’on lui demande de res­ter là, d’être là en n’oubliant pas de la nour­rir avec une assise volon­taire, mais non rigide.

Cela en vaut-il le jeu et la chan­delle ? Je répon­drai qu’il y va comme du tra­vail de l’agriculteur. On peut faire dans l’industriel ou dans le bio. Dans les cas, cela exige de l’effort, de la per­sé­vé­rance. Le fruit est meilleur quand on y a mis son labeur et sa sueur.

Le plus éton­nant est la décou­verte de cette puis­sance tran­quille qui réside en moi. Cette expé­rience vaut bien quelques sacri­fices finan­ciers. Mon corps est si heu­reux quand il chante.

Puis­siez-vous, cha­cun d’entre vous, trou­ver cet appel qui clai­ronne en vous, qu’il soit chan­té, dan­sé, écrit, aimé, construit, jardiné.

Vous le savez, n’est-ce pas ? Votre vie est courte, plus ou moins élas­tique. Ten­dez-la. Juste ce qu’il faut. Tel un arc, telle une ins­pi­ra­tion, elle vous pro­jet­te­ra loin, très loin dans ce bon­heur éphé­mère qui vous sert de res­pi­ra­tion et de nourriture.

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