Le chaudron | Guy Verville
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Le chaudron

Notre cerveau possède deux antennes. L’une, tels des filaments de méduse, capte les humeurs de la houle et des marées. L’autre, plus jeune, cherche le danger et prépare le combat, ou invente une théorie quantique susceptible de nous renverser d’étonnement dans les bras d’une sirène masculine enivrée. Le cycle semble perpétuel. Le cerveau droit capte tout, accepte tout. Le cerveau gauche joue au scribe, tente de transcrire sur des tablettes qu’il veut de marbre des certitudes qui le rapprocheront de la connaissance ultime.

Ainsi vont les neurones, se partageant la conscience comme d’autres s’échangent des baisers. Où se situe la réalité ? Chez moi, chez vous, ailleurs ? Vous me répondrez qu’elle doit bien exister quelque part puisque vous prenez acte de ce que je vous écris à l’aide de choses qui vous appartiennent, votre téléphone et votre peau.

La réalité existe puisque vous avez enfanté, vous avez aimé, haï, vous avez accumulé une fortune ou des dettes. Vous souffrez également, votre tension est trop haute, votre corps s’autodétruit et, lorsque vous mourrez, il y aura peu ou prou des gens pour vous pleurer, rouler votre souvenir vers la termitière de l’oubli.

Cette réalité existe dans toutes nos cervelles réunies par une impalpable communauté de pensée. Or, trop d’expériences nous font comprendre qu’il s’agit là de constructions qui plus souvent qu’on le croit se trompent, même si cela nous aide. Des gens ayant eu le cerveau gauche paralysé ont expérimenté une compréhension et un bonheur que seul l’enfant cerveau droit pouvait signaler. Le premier opère à la dopamine, le second à la sérotonine. Les schizophrènes qui s’inventent des réalités ont, paraît-il, un cerveau gauche suractif, qui cherche à comprendre, à mesurer, à expliquer.

Quant au cerveau droit, baignant dans sa sérotonine, il perçoit les grands commandements d’univers et de dieux invisibles. Chez une personne normale, le dialogue entre ces deux cervelles la guide dans son petit bonhomme de chemin d’existence. Les analytiques du cerveau gauche pondent des livres savants et des règlements. Les fous du cerveau droit se contentent d’indiscipline et de hasard. Qu’on ne croit pas cependant que ces derniers soient nécessairement plus artistes et moins savant que les premiers et que ces premiers n’aient pas conscience de l’insondable.

L’impalpable quête n’étonnera personne, la mesure de ce que nous comprenons est également la reconnaissance de ce que nous ignorons, de ce que nous ne pouvons capter ou comprendre. La manifestation même de cette conscience qui nous habite est un miracle naturel forgé dans le chaudron des fusions cosmiques.

À quoi pense l’univers en ce moment ? Que sont les rêves chez nos voisins d’Alpha du Centaure ?

Une lecture pour vous : No self, no problem

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