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Le cimetière des sœurs

Modifié le : 2019/07/27

L’endroit est pai­sible, idéal pour se repo­ser. Il s’agit du Manoir d’Youville de Châ­teau­guay, ancienne rési­dence esti­vale ou de repos pour les sœurs grises, et main­te­nant un hôtel per­met­tant les ras­sem­ble­ments, les réunions, les retraites, les fins de semaine cho­rales comme Gany­mède fait chaque année.

Le manoir est situé sur une île qui n’en a que tech­ni­que­ment le nom, tel­le­ment la terre effleure la rive prin­ci­pale. Gany­mède y était ce wee­kend pour une répé­ti­tion inten­sive en vue du concert de juin. Tout s’est bien dérou­lé sauf pour moi, un peu avant midi, dimanche. Une migraine. Beau­coup de fac­teurs auront pu l’induire, dont le chan­ge­ment de nour­ri­ture. Je mange habi­tuel­le­ment davan­tage de fibres que de gras et de sauces. Il y a aus­si les répé­ti­tions intenses, la soi­rée de same­di, bien amu­sante. Or moi, quand je ris trop fort, le corps s’échappe comme un Vésuve, les ten­sions se liqué­fient. Trop rire peut faire mourir ?

Ma chambre don­nait sur une col­line ceinte de pom­miers rabou­gris habi­tés d’une fatigue cen­te­naire. Durant le jour, le pay­sage pré­sente un calme qua­si zen ou, pour cer­tains, lugubre. Mais c’est la nuit que le pay­sage se trans­forme. Les lueurs de Mont­réal pro­voquent ombres et mys­tères. Et quand on sait qu’un cime­tière du XIXe trône au haut de cette col­line, on ne peut s’empêcher de pen­ser aux anciennes prières, mais sur­tout aux fantômes.

Il n’empêche que j’aimerais bien y pas­ser quelques semaines à cet endroit, non­obs­tant la nour­ri­ture fade. Être for­tu­né, je m’évaderais. Mais je ne le suis pas. Je suis comme nous tous, à man­ger du pain ordi­naire, à vivre ma vie avec des outils de for­tune, ce qui n’est pas plus mal.

Mais, encore une fois, il n’empêche. J’ai déjà en tête un roman à venir. J’en ai peut-être le titre : Les bles­sures quan­tiques. Je rêve beau­coup, c’est en par­tie à la méla­to­nine que je prends. Ma vie se drogue. J’ai soif d’extase. Et comme tous les pauvres, je range mes dési­rs dans des tiroirs bien raisonnés.

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