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Le journal d'un prêtre

Modifié le : 2019/08/04

J’ai depuis des années son petit livre dans mes tablettes. Il m’a­vait été pas­sé par mon oncle Serge Giguère pour que j’y jette un coup d’œil. Il s’a­git d’un jour­nal de feu Ray­mond Roy, prêtre ouvrier, son ouvrage publié en semi-pri­vé, avec les moyens du bord, par les Édi­tions de l’Au­tre­ment (ça existe encore ?), en 1996.

C’est en fai­sant le tri des quelques livres qui me res­tent que je suis tom­bé sur l’o­pus­cule qui fait par­tie d’un plus vaste ensemble.

Je crois que le prêtre en ques­tion avait eu une vie tour­men­tée, lut­tant contre cer­tains démons éthy­liques. Tou­jours est-il que j’ai relu des pas­sages. Les écrits datent de 1995, en pleine cam­pagne réfé­ren­daire. Si des pas­sages peuvent être pas­sés sous silence, cer­tains autres sont magni­fi­que­ment bien our­lés (D’une ren­contre avec des anciens confrères ordon­nés en même temps que lui : sept de mes confrères sont « éteints ». Comme pétri­fiés, ne mon­trant aucune plaie sai­gnante, muets de Parole, inter­dits d’a­ve­nir et inca­pables de culpa­bi­li­té. Et plus loin, concer­nant une céré­mo­nie de bap­tême tenue en même temps que la fameuse marche des femmes sur Qué­bec, en 1995 : Le « gros bap­tême » que je célé­brais en mati­née m’a paru une contra­dic­tion à ce slo­gan « Du pain et des roses ». Une cen­taine d’in­vi­tés, sous la coupe d’une volon­té visi­ble­ment matriar­cale, ont para­dé à tra­vers tous les « gad­gets », balounes, vidéo, récep­tions et toi­lettes com­man­dées par la sur­con­som­ma­tion.)

Je me demande ce qu’il est adve­nu de ces textes. Font-ils par­tie des rivières de sens main­te­nant assé­chées, qui auront sculp­té la falaise de notre incons­cient col­lec­tif ? Cela remet mes propres écrits en pers­pec­tive. Nous sommes si peu de choses ; nous sommes notre vie, nous sommes notre deve­nir en per­pé­tuelle précarité.

Ce prêtre n’ai­mait pas son Église ; il aimait cepen­dant son Dieu. Son cœur était trou­blé, sem­blant tou­jours confiant de vivre ce qu’il fal­lait. Je me pro­mets de lire son jour­nal, deman­dé à mon oncle s’il pos­sède les autres tomes.

Je lève silen­cieu­se­ment mon modeste cha­peau à ce prêtre à l’ou­vrage. Qu’il repose en paix dans le néant de sa bonté.

P.S. : Serge a réa­li­sé un docu­men­taire sur ce prêtre. 9, Saint-Augus­tin (Pri­mé par l’As­so­cia­tion qué­bé­coise des cri­tiques de cinéma).

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