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Photo Pierre Laroche

Le lac

Il est un lac aux pay­sages mou­vants, qu’aucune tem­pête ne réus­sit à vrai­ment trou­bler. Son eau me semble pro­fonde, mais je n’en ai jamais vu le fond. Ses rives foi­sonnent d’arbres, de ruis­seaux d’où arrivent les sou­ve­nirs, les dou­leurs comme les joies et les orgasmes, d’où chantent les oiseaux des pensées.

Au pre­mier regard, il s’agit d’un petit lac balayé par le vent du quo­ti­dien. Le soleil y peint son tra­jet nar­cis­sique sans que sur l’eau il ne puisse y lais­ser une ornière durable. Une brume, par­fois, accom­pagne des nuages bas et gris. Une neige et des hivers l’immobilisent aus­si, des hivers qui paraissent de plus en plus insis­tants, s’appropriant les prin­temps, les étés et les automnes.

Ce lac, ma res­pi­ra­tion, en moi nour­rit, nour­ri­ra mes jours. Sur un quai de métro, le long des trot­toirs, par­tout sur la pla­nète, telles d’autres rivières, s’agglutinent des essaims de lacs pro­fonds, parais­sant incons­cients de ce qui les entoure.

Tous les matins, toutes les nuits, mon lac absorbe les allu­vions et les sédi­ments, ne sem­blant jamais devoir s’assécher. Peut-être parce que son lit rejoint les lacs galac­tiques, la conscience des forêts, le four­neau d’un dieu bien­veillant et aveugle.

Je pres­sens en moi cet héri­tage, l’invention des âmes. Je m’entends, je me regarde res­pi­rer. Mon lac, ma demeure est mon seul bonheur.

Bon­heur ?

Peut-être pas.

Une cer­ti­tude avec un petit point final.

Et l’espérance de ne jamais m’y noyer.

Classé dans :lacrespiration

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