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Le malaise de Noël

Modifié le : 2016/09/11

Depuis une semaine, ma boîte de cour­rier élec­tro­nique ne dérou­git pas de bons vœux. Les der­niers tra­vaux avant la sai­son des vacances s’achevant, les der­nières répé­ti­tions ayant eu lieu, on se quitte imman­qua­ble­ment en se sou­hai­tant de pas­ser de joyeuses fêtes.

Il est de bon ton de deman­der à ses inter­lo­cu­teurs ce qu’ils feront durant leurs vacances. La majo­ri­té des réponses tour­ne­ra autour de l’appel de la famille, car s’il est un temps pour visi­ter ses proches, après les funé­railles, c’est bien Noël et le Jour de l’An.

On le com­prend rapi­de­ment, je n’ai pas l’esprit de Noël tatoué dans le cœur. Je pour­rais énu­mé­rer ici toutes les rai­sons, les ori­gines de ce malaise, mais ce serait faire preuve d’un zèle suspect.

À défaut de prou­ver par l’intellect, je l’écrirai avec le cœur. Noël est une fête fami­liale. Je ne pos­sède pas de famille. J’aime mes parents, mes sœurs, là n’est pas la ques­tion, mais comme je ne suis pas enclin à visi­ter les gens, pour­quoi devrais-je être obli­gé de le faire entre le 25 et le 1er ?

Je suis pares­seux ? Oui. Et puis non. Sans doute suis-je tout bon­ne­ment égoïste, même si j’ai un grand cœur. Sans vou­loir en faire un plat, je donne beau­coup aux gens. J’apprends beau­coup aus­si à les regar­der, à échan­ger avec eux. Je suis friand de les connaître, je suis un infi­dèle pour­tant, car, tel un poète, je pré­fère le che­min à la chau­mière. Je n’aime pas faire comme tout le monde. Les tra­di­tions m’agacent, sur­tout que je vois trop de gens feindre le bon­heur d’être ensemble.

Mais pour­sui­vons la démarche d’honnêteté. Je me sens par­fois étran­ger face à moi-même. Je suis, encore une fois, tel un trou­ba­dour désen­chan­té et désar­gen­té, enclin à me replier et à espé­rer une heure qui ne vien­dra plus. Il me semble que 2012 fut pour moi l’année de l’attente. Il me semble que je tra­vaille, comme vous, très fort, et que rien n’aboutit. Je suis impa­tient, je l’ai déjà écrit, comme si ma vie était deve­nue sou­dain trop courte.

Qu’on ne se méprenne pas. Vous m’inviteriez chez vous que je serais le plus agréable des convives. Je man­ge­rais volon­tiers de votre tour­tière, j’avalerais gou­lû­ment votre alcool et vous ferais rire, mon bon­heur serait hon­nête et aucu­ne­ment plas­tron­né. Je sais faire, je sais m’amuser. Alors pour­quoi chez moi ce vio­lon lan­ci­nant qui res­semble tant à toute cette neige qui a nei­gé ? Ne me répon­dez pas, car je sais que vous savez et que, une fois le coup de barre pas­sé, vous me sou­hai­te­rez tout de même de pas­ser de joyeuses fêtes.

Je n’ai aucune réponse à sou­mettre, je n’ai pas de leçons à don­ner à per­sonne. Alors, Guy, tais-toi et prends ce verre, dis à ton entou­rage que tu les aimes. Le reste, ce n’est qu’une lit­té­ra­ture de véri­tés, un amon­cel­le­ment de mys­tères qui dépassent ta conscience.

Bref, je vous sou­haite de joyeuses heures. Soyez soli­daires, soyez sur­tout heu­reux d’être en vie et faites ce que doit, car vos actes sont la seule valeur sur laquelle vous pou­vez pré­tendre être vivants. Notre pla­nète, notre huma­ni­té en dépend.

Amen (à ma façon. J’aurais fait un bon curé, m’a dit un jour un ami. Il n’a pas tort, et tout le monde le sait, un curé, ce n’est pas heu­reux le temps de Noël. Trop d’ouvrage).

Classé dans :Noëlbonheurfamille

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