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Le mur

Modifié le : 2019/07/14

Je suis loin d’être calme, englué dans une longue res­pi­ra­tion comme si, devant moi, l’horizon se dila­tait d’une catas­trophe annon­cée. Mes yeux, fati­gués, ne sou­haitent que dor­mir, filets aux mailles dis­ten­dues et molles. Tout va bien, madame la Mar­quise, tout va vrai­ment très bien, de quoi devrais-je vrai­ment me plaindre ?

Je ne sais pas. Les jours sont rem­plis, j’en oublie d’écrire, les choses à faire se bous­culent dans mon agen­da. Je ne m’en for­ma­li­se­rais pas tant si ce qui me tire si haut n’était pas obs­ti­né­ment blo­qué par ce qui m’enracine.

Ma carte du ciel, grande savante, me l’avait bien dit. Pour le moment, je suis pié­gé, je nage dans une masse solide, peu pro­pice à la liber­té. Je réus­sis encore à flot­ter mal­gré des contraintes bud­gé­taires qui n’en finissent plus de contraindre, mal­gré le mau­vais sort jeté à mon entou­rage qui fait sour­ciller les banques, mal­gré ce bon­heur accro­ché à l’Internet, dans l’espoir qu’un jour, le beau cerf-volant navigue sous le même ciel.

Je ne suis pas mal­heu­reux. Mais comme le pas est long, lent. Je marche tout de même mes jours, je res­sens ces pou­mons me ber­cer telle une mère atten­tive. Il doit bien y avoir un peu d’espoir qui mani­gance tout ça. J’écoute, observe ce qui m’entoure. J’enregistre, peut-être encore plus fine­ment que d’habitude, l’étonnante mani­fes­ta­tion de la vie, de l’univers.

Mais j’ai ce mur, devant moi, ce rideau. Je ne par­viens plus à inven­ter mon ave­nir. Cela se tra­duit même au niveau du chant. J’ai atteint quelques som­mets, j’ai libé­ré ma voix. Cepen­dant, tout craque ces jours-ci. Et l’opéra ita­lien n’est pas la meilleure mélo­die à chan­ter. Je m’époumone, plus criard qu’un canard. 

Je prie mes ancêtres, je laisse tom­ber la nuque, sans autre parole que cette ombre que me ren­voie ce mur d’incertitudes.

Tout va très bien, madame la Mar­quise, tout va très bien. C’est le propre de l’optimiste de patau­ger dans l’inconscience. Le Para­dis lui est pro­mis, il paraît. Quoi dire de plus ? Rien. Je fais de ce mur celui de mes lamen­ta­tions. Qu’il en soit ainsi.

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