altPicture271311002

Le pouvoir de mes aïeux

Modifié le : 2019/07/21

Il y va habi­tuel­le­ment des jours comme d’une rivière, jamais la même eau, tou­jours le même par­cours. Il y va des prières comme d’une comète, nom­breuses à gra­vi­ter, rares à ren­con­trer nos destins.

J’ai appe­lé cette comète. J’ai ten­du l’oreille vers les augures. On me pré­di­sait renais­sance et décou­verte. J’ai levé la tête vers le ciel noc­turne. La pleine lune bien­tôt. J’ai gon­flé d’espoir mes pou­mons. Marée infime, la mienne, celle de ma volonté.

Toute cette poé­sie pour dire que j’ai un job.

À peine deux jours après avoir écrit mon billet « Don­nez-moi de la job », je rece­vais coup sur coup deux appels d’employeurs poten­tiels. La semaine sui­vante, je pas­sais une entre­vue. Le len­de­main, on m’offrait un poste. J’ai accepté.

Alors le ver­tige. Les astres avaient donc rai­son, j’ai gon­flé les pou­mons plus que la pleine lune l’exigeait, j’ai appe­lé tout mon monde, ai pous­sé un grand sou­pir de soulagement.

Ça, c’était la pre­mière secousse. La seconde fut de m’apercevoir de l’énormité du chan­ge­ment qui allait s’opérer, de pen­ser aux consé­quences de cette déci­sion sur les habi­tudes, tant les miennes que celles de mon entou­rage et, cerise trop rouge sur un riche sun­dae, de com­prendre qu’il me fal­lait aban­don­ner ma petite, mais fidèle clien­tèle. Ils comp­taient sur moi en quelque sorte. Mais à l’impossible, nul n’est tenu… ils l’ont bien compris.

M’apercevoir que, mal­gré les pro­blèmes, il y avait tout de même un rela­tif confort à être son propre patron. Cela, je l’ai balayé en une frac­tion de seconde, en accep­tant ce poste chez Spi­ria. L’endroit paraît sym­pa. De beaux bureaux, des gens ave­nants, un emploi taillé à ma mesure, emploi que je ne pen­sais pas, très hon­nê­te­ment à obtenir.

Au sor­tir de l’entrevue, j’avais levé les yeux vers le bleu ciel autom­nal au-des­sus de la rue Clark. J’ai invo­qué non pas les pla­nètes, mais la mémoire d’Hector, Antoi­nette, Lucien et Ger­maine, mes aïeux. Je ne sais s’ils ont, même vir­tuel­le­ment, des pou­voirs. Je m’en suis sim­ple­ment remis à eux en leur disant que j’aimerais bien avoir le poste. Ça me plai­sait, mais que si je n’en suis pas digne, eh bien, je com­pren­drais, va.

Je ne leur avais rien pro­mis, mais il fau­drait peut-être que j’aille dépo­ser des fleurs sur leur tombe. Ils sont, tous les quatre, pas très loin l’un de l’autre, Lucien avec Ger­maine, Hec­tor avec Antoi­nette, dans un cime­tière à flanc de col­line, à Artha­bas­ka. Fau­dra louer une auto­mo­bile, mais pas tout de suite, j’ai un bud­get à faire. Tiens, je pour­rais leur deman­der s’ils pou­vaient rou­ler les boules du 649 en ma faveur. C’est trop demander ?

Il faut que la pous­sière retombe, il me faut emprun­ter un autre fleuve. Je suis heu­reux du chan­ge­ment. Antoi­nette, Hec­tor, Lucien, Ger­maine, ne res­tez pas loin s’il vous plaît et, tant qu’à implo­rer, pou­vez-vous faire quelque chose pour sau­ver la planète ?

Mer­ci, l’humanité vous le rendra.

Classé dans :jobtravail

#6d7b9f
#5f3223