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Le sommeil infidèle

Modifié le : 2019/08/06

À minuit, mes yeux fixent les ombres pro­je­tées contre le mur par le réver­bère d’en face. Deux heures plus tôt, je m’é­tais pour­tant endor­mi rapi­de­ment, mais la houle de mes pen­sées ou la tec­to­nique d’une diges­tion lente, sans doute les deux à la fois, ont vite rai­son du som­meil qui, en bon infi­dèle, change de lit au moindre ennui.

J’ai des idées plein la tête, je m’ef­force à cana­li­ser ma res­pi­ra­tion, à gra­vir au moyen d’é­cluses hâti­ve­ment conçues, un conti­nent d’i­nu­tiles réflexions. Peine per­due, les ombres m’in­vitent. Je me lève, va dans le bureau cher­cher camé­ra et tré­pied, ins­talle le tout, ouvre trois fois la lumière du pla­fond, qui détruit l’am­biance, mais je n’y vois rien et il me faut bien régler l’appareil.

Je n’ai pas mes lunettes, et mon objec­tif a depuis quelque temps du mal à faire lui-même la mise au point. Il fau­dra que je fasse enquête, mais pas ce soir. Tant pis, il fait nuit, je dois m’a­gi­ter comme on secoue et déplie des draps avant de s’y recou­cher. Je prends quelques cli­chés, le temps de pause sera long, je n’ac­tive aucun flash. La pho­to sera for­cé­ment floue. Aucune impor­tance, je sais qu’une fois consom­mé, le geste me las­se­ra tran­quille, qu’une fois assou­vie, l’heure m’a­ban­don­ne­ra aux rêves.

Cela réus­sit. Je me lève huit heures plus tard, je prends mon petit déjeu­ner, je lis les jour­naux élec­tro­niques, va sous la douche, m’as­sieds dans mon lit, à l’in­dienne, cale les oreillers. Le calme, encore une fois, comme ces ombres de la nuit pas­sée. Je regarde par la fenêtre, l’arbre d’en face res­semble sou­dain à un homme qui sou­lève des branches mortes.

Je dors peut-être encore. Il ne faut jamais croire le sommeil.

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