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Le Temps du Rêve

J’ai pas­sé la grande par­tie de ces der­niers jours à dor­mir, à ne faire que l’essentiel pour demeu­rer en vie, immo­bi­li­sé de fatigue. La cha­leur opaque de la semaine n’a pas aidé à résis­ter au poids des éner­gies sombres qui gra­vitent autour de moi.

Dans le ciel, les pla­nètes forment des car­rés et des oppo­si­tions qui brouillent les cartes. Saturne, le conser­va­teur, regarde de loin Ura­nus qui veut tout cas­ser, et l’arbitre est Mars mani­pu­lant l’un et l’autre. Ma mince peau en absorbe les effluves. Il est temps que je prenne des vacances, mon corps semble en savoir plus que moi sur l’état des choses, car il fait tout au ralenti.

Je ferme donc sou­vent les yeux. Il faut écou­ter, ouvrir ses sens, obser­ver la sale­té qui s’accumule à la fenêtre de son esprit, s’asseoir pour mieux mar­cher sa route, ten­ter un retour vers ce qui serait à redécouvrir.

Les Abo­ri­gènes d’Australie expli­quaient la source de leur exis­tence par le Temps du Rêve, une réa­li­té exis­tant avant la créa­tion de notre pla­nète ain­si que sa mère galaxie et ses parents épi­phé­no­mènes. Tout aurait été Esprit avant que celui-ci se mette à rêver et à créer. On ren­contre ce mythe un peu par­tout jusque dans les tran­chées théo­riques de cer­tains physiciens.

Selon Joseph Chil­ton Pearce, l’enfant habi­te­rait éga­le­ment ce monde, s’en extra­yant gra­duel­le­ment, vers la sep­tième année, pour fina­le­ment s’incarner dans la Rai­son et son corps. Chez les hommes anciens, il n’était cepen­dant pas ques­tion de rompre avec le Rêve, mais de se ser­vir des nou­veaux pou­voirs de l’intellect pour navi­guer vers des songes recons­truits. L’âme ancienne conti­nuait de rêver dans un état exta­tique qua­si permanent.

Conser­ver son cœur d’enfant ne signi­fie pas reve­nir à l’insouciance irré­flé­chie du bon­heur, mais consiste à tra­vailler sans relâche pour se redon­ner des plumes d’Icare et de ten­ter le voyage abso­lu de la vie jusqu’à ce que les ailes qui nous alour­dissent prennent feu et nous plongent dans le chau­dron et la chute d’une nou­velle Connais­sance constam­ment à renouveler.

Com­ment puis-je être cer­tain de ce que j’avance ? Com­ment conci­lier ce rêve avec mes res­pon­sa­bi­li­tés pro­fes­sion­nelles ? Je vis dans deux mondes, car comme tout le monde, j’ai besoin de mes rêves et de mon chèque de paie. Est-ce de là que pro­vient ma las­si­tude ? Ne devrions-nous pas être tout un cha­cun les chan­teurs de nos potentiels ?

Je referme les yeux, j’entoure de ma conscience de cet état, lui four­nit le bois néces­saire, plonge mes mains dans une eau froide, m’en asperge le visage. Méchante sagesse.

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