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Le vertige

Modifié le : 2019/08/04

Voi­là un peu plus d’an que j’écris ces pro­me­nades. Il s’agit donc d’une forme d’anniversaire. Le temps est un inson­dable ver­tige qui colore mon regard.

Je ne suis pas ici pour prendre des réso­lu­tions, car celles énon­cées au départ de cette écri­ture ont plus ou moins été bafouées. J’étais cen­sé entre­prendre une marche quo­ti­dienne et force est de consta­ter que la pro­messe ne fut pas tenue. Pour­tant, la pen­sée se pro­mène tou­jours. Elle a tra­vaillé fort aus­si, s’est nour­rie d’une his­toire que je tente tou­jours de faire publier.

Durant cette année, j’ai fait revivre deux autres his­toires, sus­pen­dues main­te­nant, tels des cerfs-volants, aux fils élec­tro­niques de l’Internet. J’ai éga­le­ment pour­sui­vi mes réno­va­tions qui vont bon train. J’ai tra­vaillé et dépen­sé. J’ai aimé, conti­nue d’être aimé. Et, der­niè­re­ment, j’ai amor­cé la décou­verte du chant.

Ma vie est bien rem­plie. L’attente demeure tou­jours la même. L’idée d’un sep­tième roman (ou d’un recueil de nou­velles) émerge. Le titre pro­vi­soire : Le ver­tige. Car, avant de m’endormir, je plonge sou­vent dans des images ver­ti­gi­neuses ; en atten­dant le métro, je me sens gal­va­ni­sé par l’approche dan­ge­reuse de la tête de train, j’observe ce monde par­fai­te­ment stable qu’on nous annonce être sur le bord du pré­ci­pice. Ces images de l’homme qui s’est lais­sé tom­ber de la stra­to­sphère m’épouvantent. Je ne me suis pas encore déci­dé à regar­der la vidéo qui témoigne de cet exploit. Il ne s’agit pas d’une lubie d’écrivain. J’ai réel­le­ment peur.

Voi­là qui est moi, après un an. En pleine pos­ses­sion de mes moyens, pos­sé­dé par un grand ver­tige. Il est temps que je l’apprivoise ou, à tout le moins, je m’y sou­mette sans crainte. Quelqu’un dans mon entou­rage m’a dit que j’aurais fait un bon moine. Il n’a pas tort, même si je suis de ces hommes qui auront tou­jours besoin d’une peau forte contre laquelle lut­ter. En ce sens, j’aurais fait un moine vicieux. Autant res­ter laïque. Et j’aime trop la bas­sesse que me per­met les mots, même si je ne vois pas dans cette « liber­té » de l’artiste le droit de tout écrire. Une fic­tion qui fait fit de l’existence est une, pour moi, une insulte à la procréation.

Alors, Guy, me diras-tu, lec­teur, pour­quoi cette angoisse ?

Alors, lec­teur, répon­drai-je, com­ment se fait-il que tu ne l’entendes pas ?

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