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Le vide optimiste

Modifié le : 2017/12/26

Le vide de l’existence n’existe que pour mieux le rem­plir. Je pour­suis ma lec­ture d’Exis­ten­cia­lism for Dum­mies, livre fort bien fait. Je suis ambi­va­lent, me deman­dant si la pen­sée exis­ten­tia­liste me nour­rit ou me ronge, car je suis d’un natu­rel anxieux, voire dépres­sif. Quoi qu’on dise de mes talents, de mes chances de réus­sir, du bon­heur qui m’entoure, mon confort est rela­tif, beau comme une neige lente et lourde qui apaise le regard, adou­cit l’air. Beau comme l’hiver qui tue.

Pour­tant, l’existentialisme n’est pas une phi­lo­so­phie du déses­poir même si, au départ, le constat est impla­cable : la vie est absurde, car, peu importe les croyances, l’univers semble bien se moquer de notre sort indi­vi­duel. Neitzsche décla­ra que Dieu était mort (puisqu’il n’a jamais rem­pli sa pro­messe, à coups de men­songes qui se répètent de géné­ra­tion en géné­ra­tion). L’homme doit donc se sur­pas­ser pour deve­nir un sur­homme. Mais encore là, cela est absurde. Le sur­homme mourra.

La vie nous est don­née tou­te­fois. Nous sommes vivants et le seul vrai cou­rage est de l’accomplir, car il en est sim­ple­ment ain­si. « Cela est ». Hei­deg­ger semble dire que c’est suf­fi­sant et que nous sommes ce que nous sommes, car nous le sommes. Genre. La pen­sée exis­ten­tielle me paraît cir­cu­laire, tout comme l’était celle de Dieu.

En fait, c’est le propre de l’esprit humain de rêver en rond. C’est en soi un miracle qui existe pro­ba­ble­ment en mil­lion d’exemplaires dans cet uni­vers qui ne pos­sède pas de fin et qui pour­tant, lui aus­si, on le dit, mour­ra et recommencera.

La connais­sance que nous pos­sé­dons de notre réa­li­té, et de la peti­tesse de notre embar­ca­tion, ne peut que nous rame­ner encore et encore à l’humilité. Ain­si, le geste exis­ten­tiel de décla­rer que tout est absurde relève du cou­rage et de l’abandon. Nous sommes et cela suf­fit. Ma réa­li­té est celle de pous­ser ces mots par l’entremise de cet ordi­na­teur que d’autres ont ima­gi­né. Je suis de mon espèce. Quand je mour­rai, le vent souf­fle­ra sur la pous­sière que je devien­drai. Mon espèce, elle aus­si, sera dis­soute, un de ces jours, l’univers est si patient, dans l’eau du néant. Nous sommes, nous devien­drons, nous res­te­rons du sel, celui qui donne une cer­taine saveur aux nébuleuses.

Nous sommes le condi­ment pour une « chose » qui ne paraît pas vrai­ment goû­ter ce qu’elle est. Mais qu’est-ce que j’en sais ? Rien. C’est pro­ba­ble­ment cela, la réponse. Et cette conclu­sion tourne en rond, passe le temps.

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