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Les arbres parleurs

Modifié le : 2019/07/27

Les arbres nous parlent, par­fois. Leur tête plon­gée dans la terre de nos villes, ils balancent, même en hiver, leurs pieds mai­gre­lets et exci­tés par le vent. Ils nous parlent parce que nous sommes comme eux, comme ces autruches, plumes en l’air, yeux enfouis dans des consi­dé­ra­tions opaques.

Un arbre est pri­son­nier de sa terre, de son béton, de sa ville. Leur soli­tude n’en est pas moins un leurre. Il fut prou­vé qu’ils avaient conscience de leurs congé­nères, qu’ils dif­fu­saient, tête à l’envers, des filets de sub­stances, qu’ils ont trou­vé maints stra­ta­gèmes pour se trans­mettre des gènes, des pro­messes. Ils survivent.

Les arbres se parlent, nous leur par­lons. Nous nous par­lons. Mais les arbres ne se font pas la guerre, ils ne semblent pas s’inventer des men­songes, acceptent leur sort au point que, si on les coupe, per­sonne ne paraî­tra s’en offus­quer, pas même un bruis­se­ment de branches chez les autres arbres.

Pause.

J’invente.

Qu’en sais-je ? J’ai dit plus haut que les arbres se parlent. Alors ils savent tout d’eux, des holo­caustes, tant d’arbres deve­nus meubles, papier, peau, feu.

Mais ils survivent.

J’aimerais que les arbres me parlent vraiment.

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