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Les deux chemins

Que sommes-nous ? Que fai­sons-nous ? Que devien­drons-nous ? Il est plu­tôt rare que nous nous posions ces ques­tions. Elles sur­gissent habi­tuel­le­ment durant des moments de crise, quand un oura­gan vient fouet­ter l’existence, quand l’océan se gonfle immen­sé­ment, mais aus­si, par­fois, quand tout paraît calme à la sur­face, quand sous des kilo­mètres d’oubli se meut un plas­ma mena­çant que nous igno­rons bien volontiers.

Nous parais­sons les vic­times de notre des­tin, les rythmes pla­né­taires imitent notre conscience. Lui, à l’aube de ses soixante ans est en syn­chro­nie avec le retour de Saturne, tente de faire des choix, adou­cit ses envies. L’autre, dépas­sé la cin­quan­taine, voit Plu­ton bou­le­ver­ser son ego, l’invite à plon­ger dans ce qu’il terre depuis l’enfance. Et que dire de celui-là qui se met à dos l’Occident parce qu’il est déme­su­ré­ment sûr de pou­voir enfin faire ce qu’il veut comme s’il était deve­nu roi ou Icare ?

Que vou­lons-nous cepen­dant vrai­ment ? Qu’avons-nous à réa­li­ser ? Devons-nous, au départ, réa­li­ser quelque chose ?

Le mys­tère de cette exis­tence n’est-il pas encore opaque depuis que nos synapses ont appris à créer le monde à notre image ? Où va cette pla­nète ? Quelle est sa lumière, son sens ? Que signi­fie cette musique sur laquelle nous rêvons, nous dan­sons ? Pour­quoi la jeu­nesse s’en moque et la vieillesse s’indiffère ?

Moi, j’en suis encore tou­jours là, à mar­cher et à me poser trop sou­vent incons­ciem­ment sans doute, ces mêmes ques­tions. Qu’ai-je réa­li­sé dans ma vie ? Et pourquoi ?

Mais pour­quoi veut-on aus­si que je cesse de me poser ces ques­tions ? Qu’on me sug­gère de ne pas m’en faire ? Que cela n’en vaut pas la peine ?

Vrai­ment ? Cela est inutile ?

Ah ! La belle affaire. On ne peut affir­mer cela, parce que ce serait connaître toutes les réponses de l’univers.

Il faut nour­rir un san­kal­pa, de dire la tra­di­tion yogique, plan­ter dans sa conscience les semences de la volon­té tout en accep­tant son destin.

Lorsque vous com­men­cez à tra­vailler avec le san­kal­pa, la pra­tique peut sem­bler pleine de contra­dic­tions. Vous com­men­cez par iden­ti­fier ce que vous vou­lez, mais la seule façon de le réa­li­ser est de recon­naître que vous l’êtes déjà, et que vous l’avez déjà. Vous vous fixez des objec­tifs pré­cis et vous vous enga­gez à rompre avec vos habi­tudes. Mais à chaque occa­sion d’agir en ligne avec ces objec­tifs, vous devez d’abord recon­naître que vous êtes déjà par­fait et entier.

Selon Rod Stry­ker, cette contra­dic­tion appa­rente est l’essence de la pra­tique du san­kal­pa et des ensei­gne­ments non duels. « Cela nous ramène à l’idée que cha­cun de nous est à la fois être et deve­nir. Il y a la par­tie de nous, para atman, qui est trans­cen­dante, intrin­sè­que­ment une, et qui n’a besoin de rien. Nous avons aus­si une atman jiva, cette par­tie de nous qui vient à la vie avec un but et un des­tin et qui est tou­jours en deve­nir. ». Stry­ker explique que pour accom­plir votre dhar­ma, vous devez trou­ver un moyen d’intégrer ces deux aspects appa­rem­ment oppo­sés de l’être. « Il est vital pour le bon­heur que vous mar­chiez sur les deux che­mins simul­ta­né­ment. Diri­gez votre éner­gie avec inten­tion, mais gar­dez à l’esprit que votre nature est inchan­gée, que vous attei­gniez ou non vos objec­tifs. « Vivre aus­si bien que pos­sible entre le but et la réa­li­sa­tion du but. » (https://yogainternational.com/article/view/how-to-create-a-sankalpa)

Voi­là, il faut mar­cher. Je suis en vacances pour deux semaines. Cela tombe bien. Je pour­rais mar­cher toute la volon­té de mes jambes. J’ai des cha­tons à don­ner aus­si. Je ne peux m’éloigner de la mai­son. Même sans chats je ne le ferais pas. Ma pro­me­nade est ailleurs sans doute. Elle est à faire sur deux chemins.

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