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Les fables fanées

Modifié le : 2016/09/10

Si les gens heu­reux n’ont pas d’histoire, c’est que chaque jour ils demeurent bouche bée devant le bon­heur qu’ils éprouvent. À mon com­pa­gnon, Pierre, pour cet éton­ne­ment et ce miracle si doux.
Un beau clin d’œil à Oli­vier, l’ami et le frère dont j’ai tou­jours rêvé…

J’ai écrit cette dédi­cace pour La Vie dure paru en 1997. Ces phrases gisent, telles des fleurs fanées dans leur vase sans eau, pos­sé­dant une gen­tille beau­té proche du mensonge.

Je les relis, sur­pris par le che­min par­cou­ru, la dis­tance qui aura dila­té, dans un pre­mier temps, cette ami­tié avec Oli­vier. Je n’ai, en fait, que très peu de nou­velles de lui. Notre rela­tion aura duré le temps qu’on y goûte. Oh ! À le revoir, j’en serais très heu­reux, il m’a appor­té beau­coup. Nous nous sommes connus avec les bal­bu­tie­ments de l’avant l’Internet, du temps de Com­pu­serve. Il vivait en France, à l’époque j’avais même tapé sa thèse ou je ne sais plus quel texte sco­laire et lui avait trans­mis le tout par cour­rier ter­restre. Ce n’était pas encore le temps des tweets et des pas­sions ins­tan­ta­nées. Oli­vier est venu s’établir un temps au Qué­bec, puis il est repar­ti revivre en France.

Quant à Pierre, j’ai vécu avec lui pen­dant seize ans. Notre com­pa­gnon­nage res­te­ra un beau sillon dans mon cœur et je ne renie sur­tout pas les bien­faits que m’aura appor­té sa pré­sence. Main­te­nant que nos pas n’empruntent plus les mêmes che­mins, j’ai tout de même conser­vé ses coor­don­nées dans mon GPS sen­ti­men­tal. Il sait que, s’il se perd, je serai là pour lui pro­po­ser de nou­velles routes, tout comme je sais qu’il peut rec­ti­fier le magné­tisme de ma bous­sole défaillante.

Il n’en demeure pas moins que cette dédi­cace a vieilli, ne me repré­sente plus. Comme je m’apprête à relire le texte pour le publier en for­mat élec­tro­nique, je sais d’ores et déjà que je ne peux remettre cette ins­crip­tion en début d’ouvrage, car je n’y suis plus, ce n’est plus moi.

Je me demande s’il en va ain­si de toutes ces envo­lées de début d’ouvrage qu’on lit constam­ment. Ce sont des marques, des traits témoi­gnant de notre pas­sage qui res­te­ront sur le papier vieillit des livres. Or, puisque mes livres renaissent autre­ment, par ma seule volon­té, sans aucune consé­cra­tion, dans une nou­velle biblio­thèque plus éva­nes­cente, sans doute plus appro­priée à mon exis­tence, je n’ai plus le goût de dédier ce que j’écris à quiconque.

Les fables, comme les sen­ti­ments, se fanent. Elles laissent der­rière elles des par­fums d’automne. La vie dure, comme le sug­gé­rait cet ouvrage. J’espère que mes his­toires pren­dront plus de temps à se faner.

J’ ai relu quelques pages de ce texte. Étrange impres­sion. Douce cha­leur. Sans doute le livre de tous mes espoirs et de toutes mes fables.

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