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Les grains de sable

Il me semble hési­ter de plus en plus avant de prendre la parole, comme si mon esprit noyé de sagesse n’avait de mot pour décrire ce qu’il res­sent. Selon la pers­pec­tive, on pour­rait croire que le temps est bruyant, que la fatigue est pen­sante et pesante, que tout va bien, au final, dans cet océan d’invisibilité.

Sous un autre éclai­rage, la vie conti­nue d’être simple et lumi­neuse, nue dans sa sim­pli­ci­té, impé­ra­trice sans vête­ment, sa peau bro­dée d’accroires.

Et dans l’ombre, la vie au tra­vail, les tâches à pro­duire, les choses à faire à la mai­son qui ne se font pas, la dent répa­rée — j’en avais per­du une —, ma petite tran­quilli­té traî­nant sa soli­tude deve­nue peau de chagrin.

Quand je monte les esca­liers du métro et que je croise les gens enfer­més dans leur tour blanche, quand je croise le regard de celui-ci, qui ne me regarde pas vrai­ment, de celle-là, qui pense ailleurs, quand je vois la beau­té de l’univers qui ne me parle pas, que j’observe les jeunes pava­ner leurs pro­blèmes et leurs insou­ciances, je me demande si je ne me serais pas construit ce miroir que les êtres seuls portent comme une pudeur.

Je me sens invi­sible ces jours-ci. Je ne sais s’il s’agit de tris­tesse ou de calme. J’avoue sup­pu­ter mes rêves, exa­mi­ner mes dési­rs. Je tra­verse mon petit bon­homme de che­min. Je ris avec mes amis, j’embrasse mes « chairs amis ». Je me colle à eux.

Il me semble qu’en moi autre­fois sur­gis­saient toutes les oasis. Main­te­nant, si mon sou­rire est res­té col­lé à la lumière des fleurs, j’ai tout de même le sen­ti­ment que le Saha­ra s’affaisse dans l’entonnoir du Sablier.

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