altPicture726980096

Les illusions

Modifié le : 2019/08/08

L’é­cri­ture du der­nier cha­pitre se fait len­te­ment. En même temps, la charge du tra­vail, celui qui m’aide à mettre du beurre sur mon pain, qui m’aide aus­si à ache­ter ce pain, aug­mente, de nou­velles res­pon­sa­bi­li­tés sur­viennent, des négo­cia­tions s’é­ter­nisent (mais de manière construc­tive) avec une banque, ma grand-mère, âgée de presque cent ans, se sent fati­guée, est à l’hôpital.

J’en­vie les écri­vains qui peuvent pro­fi­ter du luxe de la soli­tude rému­né­rée, j’en­vie ceux qui déclarent être libres. Je le suis, certes, autre­ment, en moi sur­tout, et la len­teur d’é­cri­ture n’est pas réel­le­ment une valse hési­ta­tion. Chaque chose en son temps, disent les sages ; on ne peut contre­dire ça même s’il faut par­fois insis­ter pour aller vers cet avant qui n’a­vance qu’à petits pas ryth­més, hors des mélo­dies habi­tuelles ou plu­tôt, ten­tant de suivre en même temps trois ou quatre chan­son­nettes dif­fu­sées simultanément.

On me demande sou­vent si je prends, de temps en temps, des vacances (ou de la drogue). Rare­ment (et jamais pour la drogue, pas besoin de ça, la drogue, ce n’est que pour les infirmes et les souf­frants. Je bois certes du vin, mais mon méde­cin m’en­joint d’ar­rê­ter, mon foie ne semble pas trop appré­cier même si je n’a­buse pas). J’ai habi­té long­temps avec un gars qui fumait son joint, il le fume pro­ba­ble­ment encore. Je n’ai jamais appré­cié cette fumée dans mes pou­mons déjà à l’é­troit. Mon esprit est natu­rel­le­ment dis­trait, poé­ti­que­ment sur un high and low. Cela me cause par­fois des pro­blèmes inat­ten­dus et j’en suis le pre­mier attris­té ou bles­sé, comme si ma naï­ve­té pre­mière ne s’é­tait pas réso­lue à gran­dir. Ain­si, je suis sur­pris de la méchan­ce­té ou des éclats, des écarts agres­sifs, soit envers moi, soit contre une situa­tion donnée.

Je ne suis certes pas un ange, suis cepen­dant d’un natu­rel trop doux avec une ten­dance aux ulcères. Être riche et célèbre, je devien­drais un gen­til mou bour­geois qui siro­te­rait ses infu­sions de camomille.

Mais je dois gagner ma vie, je dois fon­cer, c’est comme ça que ça fonc­tionne dans cette jungle confor­table de l’Oc­ci­dent. Je conser­ve­rai, tou­te­fois le coeur et les yeux rivés aux illu­sions de mon esprit. Elles sont mes plus belles libertés.

#1a3958
#1a3958