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Les paradis artificiels

Modifié le : 2019/08/07

La dis­ci­pline de la marche mati­nale se trans­forme peu à peu en une néces­si­té. En posant les pieds dehors, il me prend une envie d’y pas­ser la jour­née, d’emprunter un che­min, aller droit devant sans me retour­ner, comme si mon pas­sé me chan­ge­rait irré­mé­dia­ble­ment en un sel empor­té par le vent.

Ma marche est plus rapide et, telle une bulle qui se rue vers la sur­face pour y mou­rir, je consomme de la dis­tance. Il faut dire que, de un, j’ai soif de nou­veau, de deux, j’ai sim­ple­ment besoin de vacances. Et, de trois, j’ai besoin de me lais­ser empor­ter par des phé­no­mènes magiques.

Je pour­rais bête­ment m’enivrer, mais je n’ai jamais vrai­ment sup­por­té ni les drogues, ni les alcools et mon méde­cin m’avertit de modé­rer ma consom­ma­tion déjà fort ano­dine de vin. Comme l’aurait dit Bau­de­laire, on n’a pas vrai­ment besoin de drogues pour créer (je n’ai pas lu Les Para­dis arti­fi­ciels et il m’a fal­lu visi­ter Wiki­pe­dia. Je pen­sais qu’il s’agissait d’un poème. Je suis d’une inculture…).

La cer­velle du créa­teur contient déjà une phar­ma­co­pée enviable de fluides ima­gi­naires. Une alté­ra­tion trop grande de sa conscience l’emporterait certes un temps vers des contrées insoup­çon­nées et ce voyage pour­rait l’inspirer une vie durant, mais pour­rait tout autant l’acculer contre le mur du néant. Bien peu peuvent regar­der en face le néant. Je ne sais si j’en suis capable, même si je le désire ardem­ment et même si j’en rêve souvent.

Je marche alors. J’observe s’appesantir les der­nières plantes à avoir résis­té jusqu’ici au froid, j’observe sans rien dire les pigeons qui se tiennent tran­quilles au-des­sus des grands bou­le­vards, je marche, je presse le pas, je cours ain­si après mon souffle et mon ins­pi­ra­tion. Je me demande bien ce que j’ai à écrire main­te­nant. Écrire ce blogue n’est peut-être pas encore une néces­si­té. J’ai beau paraître zen ; en moi, les vol­cans s’entrechoquent. C’est un cli­ché de mon ima­gi­naire. Le silence est aus­si une marche. La pente, cepen­dant, sur ce che­min, est si abrupte.

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