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Les singes

Modifié le : 2019/07/14

Dimanche matin, Lis­bonne. Je regarde de ma fenêtre les singes mar­cher dans les cor­dages de leur pri­son zoo­lo­gique. L’appartement donne sur ce parc, peu­plé en après-midi d’enfants enré­gi­men­tés et contrô­lés par leurs moni­teurs. Jour après jour, depuis que je suis arri­vé à Lis­bonne, le manège se poursuit.

Ce n’est pas encore l’heure des visites. Les ouvriers du zoo font leur ronde, les singes en font autant. Je me demande s’ils sont heu­reux à ain­si pas­ser d’une corde à l’autre, à faire le tour de leur minus­cule île. L’une porte sur son dos son bébé, entre­prend le même tra­jet aléa­toire. On semble s’éviter dans cette pro­me­nade qui n’a rien d’étourdissant. Trois cabanes dans les­quelles ils s’engouffrent par­fois, pour en res­sor­tir aus­si­tôt. On semble cher­cher quelque chose, mais quoi…

Moi qui invente des paral­lèles sur tout ne peux m’empêcher de pen­ser aux humains. Com­bien de fois ai-je pu témoi­gner de ces gens qui se contentent de leurs cor­dages, de leur voi­si­nage, de leurs inté­rêts. Com­bien de fois me suis-je inter­ro­gé sur mes propres pro­me­nades, à lan­cer mon pas l’un devant l’autre en fai­sant sem­blant de ne jamais me retourner.

Quand je voyage, je marche ; je pré­fère presque le faire en soli­taire, car j’ai ain­si le loi­sir de m’arrêter et de prendre mon temps. Je repense à ces singes et me demande où va ma route. Ma seule cer­ti­tude est de ne pas trop en avoir, mais bien sou­vent, pris de ver­tige, j’essaie aus­si de m’accrocher aux ficelles cir­cu­laires de ce que j’ai appris.

Peut-être ces singes ont sim­ple­ment une belle capa­ci­té à l’oubli. Peut-être refont-ils les mêmes tra­jets parce qu’ils en ont per­du la mémoire. Peut-être en est-il ain­si pour nous, comme si la seule vie pos­sible consiste à réin­ven­ter, donc à effa­cer, ce qui semble ter­rible à réaliser.

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