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L'étonnement

Modifié le : 2019/08/05

On en revient tou­jours à l’étonnement. À des époques que l’on pour­rait pen­ser plus glo­rieuses, lorsque les sti­mu­la­tions étaient plus rares, il était facile de s’étonner devant un feu d’artifice, les cirques ambu­lants, un film de série B.

Main­te­nant, tout le monde le sait, nous sommes bom­bar­dés autant par les rayons gam­ma, les ondes Wifi, les car­rou­sels bur­lesques des télé­vi­seurs que par les pro­messes enivrantes des poli­ti­ciens qui ont depuis long­temps oublié ce qu’était un véri­table idéal.

On nous offre des feux d’artifice à la semaine, et nous sommes comme ces ado­les­cents aux bras trop longs qui ne savent plus où don­ner de l’ennui. Éton­nam­ment, si nous voyons défi­ler devant nous les mer­veilles de l’univers, nous nous sur­pre­nons tout de même à bâiller quo­ti­dien­ne­ment devant la mort des autres, à nous conten­ter de petits bon­heurs à répé­ti­tion, faire comme si notre vie en valait la peine, alors que nous lais­sons filer entre les doigts cette sève si pré­cieuse qu’est notre existence.

Quand je tais en moi les pen­sées et les paroles, il ne reste que le bruit de ma res­pi­ra­tion, le bat­te­ment de mon cœur, le fleuve de mon sang. J’ai l’impression de rede­ve­nir un ani­mal. Je m’aperçois que j’ai faim, que j’ai soif, que j’ai peur. Pour­tant, je m’étonne d’être en vie, heu­reux d’exister.

Cela ne dure qu’un moment, le temps d’un véri­table oubli. Et c’est bien ain­si. L’être humain est un bête mira­cu­leuse, en com­bat avec ses contra­dic­tions. Il est à la fois ange et démon. Nous aimons incons­ciem­ment le dan­ger, car nous aimons nous enivrer.

Voi­là pour­quoi je conti­nue à écrire. Voi­là pour­quoi j’ai tou­jours faim, soif, peur.

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