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Photo : Jordi Arnan. Lichens

Moi et le champ akashique

Depuis que je suis en âge d’écrire réso­lu­ment et avec pas­sion me suis-je enve­lop­pé de cou­rants roman­tiques et de fables phi­lo­so­phales. L’océan et le cos­mos, la rivière et la pen­sée, la spi­rale de la vie et son miroir anéan­tis­sant. J’ai peut-être été davan­tage une plume empor­tée par le vent, aban­don­née par son oiseau, que la vrille déter­mi­née d’un pique-bois en quête de sa nour­ri­ture. Et de s’ce fait, je n’ai pas appris grand-chose d’autre que de rou­ler tant bien que mal ma bosse en haut de la mon­tagne jusqu’à ce que, imman­qua­ble­ment, j’échappe ma charge au bon plai­sir de la gravité.

Je ne sais ce qu’il me reste à com­prendre et à vivre. Je consulte les sché­mas pla­né­taires comme s’hypnotise l’insecte devant une ampoule élec­trique. Me brû­le­rai-je les ailes avant de pou­voir lécher la peau sucrée du soleil ?

J’ai tou­jours été, je crois, comme nous tous, à une cer­taine croi­sée des che­mins et l’âge ne fait qu’exacerber ce sen­ti­ment que notre vie est un voyage aux mul­tiples direc­tions, que son but n’a de sens que si on se sou­met à quelques conces­sions. Il en va ain­si un peu comme cette chan­son dis­cours de Jean Gabin qui conclue que ce qu’il sait est qu’il ne sait rien. Et le mys­tique d’opiner de la tête en tour­nant son regard vers les pro­fon­deurs de son silence là où, dit-on, tout se lie dans un champ zéro, une racine com­mune. Bien que le dis­cours en soit déjà adul­té­ré par des faux mages, les récentes décou­vertes quan­tiques sug­gèrent qu’il exis­te­rait un champ pri­mor­dial, une force où tout converge, émerge. Atomes, galaxies, étoiles, pla­nètes, être vivants, voire la conscience de ce qui est, s’harmonisent dans une cohé­rence sub­tile. On cherche depuis un siècle une théo­rie uni­fi­ca­trice. On découvre main­te­nant que des élé­ments petits ou grands semblent « vibrer ensemble ». On réus­sit déjà à « télé­trans­por­ter » de l’information d’un point A à un point C, par l’entremise d’un point B. Tout serait infor­ma­tion ou plu­tôt, selon l’hypothèse d’Ervin Lasz­lo, tout serait « in-formation ».

Il n’en faut pas plus pour que des pseu­do­sor­ciers aux prises avec leur quo­ti­dien se jettent sur ce type de lec­ture pour nour­rir leur com­merce éso­té­rique. Lasz­lo est-il du même moule ? Il me semble que non. L’homme est fon­da­teur du Club de Buda­pest. Ce livre de 2004 a été sui­vi par d’autres dont les titres pour­raient faire sour­ciller, mais il faut voir, il faut lire. Je suis prêt à écou­ter. L’important est d’étaler ses antennes encore et encore. L’humanité a besoin de nou­velles lumières.

Pour ma part, je conti­nue à obser­ver un grand arbre de ma fenêtre de salon pen­dant que je tente de me tenir sur une patte yoguique. Un autre arbre, dans le coin de cette même fenêtre, sur mon ter­rain, semble écou­ter ce que les branches de l’autre ont à remuer. Cela vaut bien toutes les fables scien­ti­fiques du monde.

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