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Images: © 1975, Serge Giguère et Les Films d’aventures sociales du Québec

Ne pas oublier

Modifié le : 2019/08/06

Ma sœur France m’a remis hier, au jour de l’An, une copie élec­tro­nique des docu­men­taires faits par mon oncle Serge Giguère. Serge avait trans­mis ces films à ses frères et sœurs et, moder­nisme oblige, ma sœur les a trans­po­sés pour que notre mère puisse les regar­der dans son salon ou sur son ordinateur.

Je ne sais pas si ces films sont dis­po­nibles quelque part. Ils ont pour moi une grande valeur, non pas seule­ment parce que c’est ma famille, mais parce que Serge pos­sède un regard neutre et pour­tant tendre sur les gens. Il est un fin docu­men­ta­riste qui a méri­té, en 2008, le Prix du Gou­ver­neur géné­ral en arts visuels et en arts médiatiques.

On y voit quelques images de mon arrière-grand-père mater­nel (que je n’ai pas connu) qui relate la dure­té de son tra­vail. On y voit sur­tout, dans le pre­mier film, des scènes du jour de l’An 1975, chez les Giguère, l’année du décès de ma grand-mère. Un deuxième film, À mai­son, reprend les images du pre­mier film dans lequel, à la suite de la mort d’Antoinette, Hec­tor casse mai­son (je n’en suis pas cer­tain, ma mère confir­me­ra). Enfin, L’Homme qui chan­tait sua job, docu­men­taire cen­tré sur mon oncle Bru­no, chan­teur wes­tern. Les trois films forment une continuité.

Les images de mes grands-parents sont cer­tai­ne­ment pour moi les plus tou­chantes. Voir le dyna­misme de cette femme qui aura por­té et déli­vré seize enfants (douze vivants) et qui, jusqu’au bout, aura don­né à tous. Voir mon grand-père pleu­rer son épouse main­te­nant absente des murs de leur mai­son vidée. Entendre cet homme par­ler lui aus­si de son dur ouvrage. Il a fait cin­quante-six métiers, a tra­vaillé en forêt (il devint fort comme un che­val), fut bar­bier, tra­vailleur d’usine. Me voir aus­si, à 14 ans, por­tant la mous­tache, secrè­te­ment épris de mon cou­sin (il n’a jamais su ça !). Je pos­sède si peu de sou­ve­nirs réels de mon enfance, j’ai ten­dance à oublier si vite.

Revivre ces moments m’oblige à reprendre racine, à ne pas pro­tes­ter, à suivre le cou­rant. Les revoir tous à cette période, savoir main­te­nant où ils en sont, c’est la leçon tacite de la valeur du temps. Entendre mon grand-père dire que la vie, lorsqu’on a l’agrément, est un beau passe-temps :-) Tout ça insuffle le sou­rire et la nos­tal­gie. Tout ça vit.

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