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Neptune et moi

Modifié le : 2019/07/14

Le pré­sent est une chi­mère, une bille­ve­sée que l’esprit tente d’écrire chaque fois qu’il s’arrête pour souf­fler un peu. Son par­che­min se déroule depuis des mil­lé­naires, des mil­liar­di­naires. Et peut-être, même en inven­tant des mots, j’ai tout faux. Qu’est-ce que le pré­sent sinon une suite impas­sible et lan­gou­reuse d’absence, qui se dilate ou se contracte au gré de nos vagues sai­sons et humeurs ? Nous ne vivons pas dans le pré­sent, nous ne fai­sons que sau­tiller de seconde en seconde sur des pierres pla­cées sous nos pieds par un hypo­thé­tique pres­ti­di­gi­ta­teur de for­tune sur ce lac pro­fond qu’est l’univers, un monde qui nous a peut-être inven­té, qui en a tant fait et décou­vert. Une ritour­nelle, cet uni­vers, un pacte violent avec l’existence. 

Nous ne sommes pas le pré­sent, nous ne savons pas ce qu’il est, nous conser­vons nos yeux bien fer­més, à l’abri de son regard obs­ti­né. Nous avan­çons, nous dan­sons, nous chan­tons, nous rêvons pen­dant que, loin de nous, de géantes pla­nètes bouillonnent dans leur méthane, tan­dis que des novae arthri­tiques explosent de colère.

Qu’est-ce que le pré­sent quand des feuilles minces et quan­tiques, voire dia­bo­liques, s’entrechoquent à qui mieux mieux à en faire naître des dimen­sions tel­le­ment incom­pré­hen­sibles qu’elles ne peuvent qu’être magni­fiques et sau­gre­nues ? Et si mes doigts tapaient d’autres hypo­thèses, ailleurs, dans une pen­sée que nul autre que mes mul­tiples Moi pour­raient comprendre ?

Je divague, bien sûr, mon pré­sent n’est-il pas irréel ? Je n’en suis pas pour autant éter­nel. Nep­tune est plus grand que moi, plus lent, plus patient. Il fini­ra par mou­rir aus­si. Mais pour l’instant, dans un grand pré­sent pla­car­dé au zodiaque de mes sym­boles, il gère ma vie, m’avale tout rond, moi et mes certitudes.

Ah ! que j’aime rêver. Comme mon igno­rance est immense et lourde à porter !

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