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Nos cerfs-volants

Modifié le : 2019/07/16

Il est facile de dire, je ne cesse de le répé­ter. Il est plus dif­fi­cile de faire. « Je t’aime, tu m’aimes, nous nous aime­rons. » « Je te pro­mets, tu me pro­mets, nous nous pro­met­trons. » Les poli­ti­ciens, les amou­reux, les ven­deurs de tous les temples, les fomen­teurs de toutes les his­toires sont capables des plus belles paroles comme des plus élé­gantes inepties.

L’homme, le mâle, est sans doute encore plus apte à enflam­mer tout ce qu’il désire avec ses paroles. Quant à la femme, la pri­ma don­na, cal­cule davan­tage, sou­pèse, parce qu’elle doit incar­ner la suite, user son corps pour don­ner la vie. Mais peu importe le genre, la parole est à la bouche ce que l’arme est à la main.

Je l’ai déjà écrit, dit : l’important est ce que l’on fait. La parole est trop sou­vent ce beau cerf-volant que nous admi­rons lut­ter contre et avec le vent. Tôt ou tard, le bel oiseau retrouve le sol.

Dire un « je t’aime » ne vaut rien si le corps ne suit pas. Les babines doivent suivent les bot­tines. Une mère, un père, qui sucre ses paroles avec de beaux dis­cours, ne prouve rien tant et aus­si long­temps qu’il n’agit pas. Un bai­ser, des bras accueillants, un cœur bien­veillant, une réelle pro­tec­tion pour l’âme de leurs enfants. Passe le cerf-volant requiert de trans­mettre cette corde, cet ancrage.

Un jeune adulte qui pro­met l’amour éter­nel n’a pas encore com­pris qu’il faut par­fois navi­guer long­temps, plon­ger son ancre dans l’eau de mul­tiples côtes, avant de savoir ce qu’il doit faire. Sa naï­ve­té est évi­dem­ment sa ver­tu. Il veut agir et l’adulte plus vieux doit, quant à lui, savoir reprendre le large, lar­guer les amarres, car il conti­nue à vivre. Tou­jours, oh, tou­jours, retour­ner ses paroles mille fois dans ce sol de certitudes.

Il en va ain­si pour le pays, pour la Terre. Vous êtes paroles, vous êtes corps, et entre cette écorce et cet arbre, il y a cette sève qu’on appelle émo­tion, cœur, par­tage. Être vrai­ment sin­cère est lorsque ce que l’on dit s’enracine, par la magie de son amour, dans le sol de ses actes.

Quand on aime vrai­ment, la jalou­sie dis­pa­raît, quand on agit vrai­ment, on ne laisse pas la parole deve­nir Bible, on ne la laisse pas se trans­muer en Juge­ment. Quand on fait vrai­ment, l’amour s’échappe de toutes les fron­tières que sont les dis­tinc­tions, les règle­ments. Et si, parce que les lois de la Nature sont ain­si faites, il faut com­battre pour sur­vivre, nous l’aurons fait tout de même dans le res­pect. Peace and love.

Notre pla­nète, notre corps sont notre océan. Y foi­sonnent des pos­si­bi­li­tés éva­nes­centes, par­fois inau­dibles, fra­giles devant les comètes et l’inéluctable. Par­ler, faire, c’est faire pour par­ler et par­ler pour faire. Ain­si la Grande Roue s’illumine de tous ses feux. Comme les étoiles et les trop nom­breuses galaxies.

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