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Nos saisons

Modifié le : 2019/07/20

Évi­dem­ment, l’automne ins­pire le poète. C’est une sai­son dou­ce­reuse, annon­çant l’amertume de l’hiver, mais, le beau temps aidant, on ne s’en pré­oc­cupe pas encore. Il fait beau, la mort est là à dif­fu­ser des par­fums d’apaisement, l’air est chaud, la lumière tasse les ombres, mélan­geant savam­ment les cou­leurs. Tout est à sa place, dans l’ordre des choses. On se sent qua­si­ment éternel.

Nous le savons tous, cela ne dure pas. Déjà que, début sep­tembre, nous fûmes plon­gés dans un froid hâtif. Il n’en fal­lut pas plus pour que les pou­mons toussent, les nez coulent et que les sys­tèmes de cli­ma­ti­sa­tion des immeubles déraillent, souf­flant tan­tôt le chaud, tan­tôt le froid. Qu’on ne se trompe pas, les sai­sons avancent, c’est iné­luc­table, c’est comme l’océan, tout est plus fort que nous.

Si je m’arrête un ins­tant et que, du bout de mes antennes, je tente de connaître où j’en suis dans le jour de ma vie, je pour­rais peut-être croire que je vis mon automne. Après tout, mon esprit semble être pour­vu d’une belle lumière, j’ai suf­fi­sam­ment vécu pour être capable de mélan­ger adé­qua­te­ment les sagesses. Et je suis convain­cu qu’un jeune adulte me per­ce­vra comme un fai­seur d’ombre. Je pour­rais ain­si conclure que mon été n’est plus. Mes arti­cu­la­tions com­mencent à se rai­dir, je pré­fère les gestes lents, les émo­tions étales aux tem­pêtes ora­geuses ou aux dances trop extravagantes.

D’un autre côté, je suis très mal pla­cé, ain­si au centre de mon exis­tence, pour en connaître le départ ou la fina­li­té. Ce n’est qu’à sa mort qu’on peut savoir quelles sai­sons on aura tra­ver­sées. Et encore, on n’aura pas le temps de s’en aper­ce­voir. Si je suis comme ma grand-mère mater­nelle, je ne suis qu’à l’été de mon exis­tence. Mais si, demain, je me fais hap­per par une voi­ture, on pour­ra dire que j’étais déjà dans mon hiver. Cela prend un cer­tain cou­rage de s’en moquer et de s’en pré­oc­cu­per. Je crois que la plu­part des gens ne le font pas. Ils bas­culent dans un camp ou dans l’autre. Je suis le pre­mier à le faire quand, par exemple, je passe ma jour­née entière à coder des pages web qui n’ont rien à voir avec mes ques­tion­ne­ments exis­ten­tiels ou qu’à défaut de faire mon bud­get, je m’attarde à écrire ces lignes (sans comp­ter l’épicerie à faire, le ménage à pour­suivre, les rénos à compléter).

Est-ce que la paix existe vrai­ment dans nos têtes ? Sommes-nous ces oura­gans que rien ne dompte ? Com­ment faire pour apprendre des sai­sons pas­sa­gères ? Se taire, car il n’y a pas de réponses ? Ou dire, car la mémoire est si fri­vole ? Se pro­me­ner, en tout cas, car ne plus rien faire, c’est l’hiver assuré.

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