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Notre feu

J’ai été par­ti­cu­liè­re­ment malade pen­dant un mois. Tout d’abord une angine par­tielle de la gorge qui m’a fait mai­grir de deux kilos tant je ne pou­vais ava­ler quoi que ce soit. Puis, deux semaines plus tard, de mys­té­rieuses mon­tées de fièvre frô­lant les qua­rante degrés, pré­cé­dées de trem­ble­ments à m’en faire blo­quer les reins. L’appétit dis­pa­rut éga­le­ment. Mon méde­cin n’y vit qu’une grippe somme toute asymp­to­ma­tique. Un peu plus de deux autres kilos de per­dus, mais l’appétit est depuis reve­nu sans pour autant que je ne puisse ava­ler de grandes quan­ti­tés de nourriture.

Mon patron m’a trou­vé dis­tant depuis un mois. Il com­prend que j’ai été malade, mais son sen­ti­ment allait au-delà de ça. Je l’ai ras­su­ré. S’il y a dis­tance, c’est peut-être dans mon sou­hait de fru­ga­li­té et de sim­pli­ci­té. Mon ciel ne se trompe pas. Il m’avait aver­ti de ce retour satur­nien que tous ont autour de cin­quante-huit, cin­quante-neuf ans.

Le temps passe, rien ne sert de cou­rir, mais de mar­cher à point. Je me suis pro­cu­ré une appli­ca­tion de médi­ta­tion. Si mon cer­veau connaît tous les prin­cipes zen et non-zen de la pleine conscience, il n’en est pas néces­sai­re­ment apte à se les impo­ser. Mon corps d’ailleurs, qui est aus­si le sien, le lui a rap­pe­lé. Rien ne sert de pen­ser si tu ne res­pires à point.

Je ne suis pas dis­tant, j’apprends sans doute à me déta­cher, ce qui ne signi­fie pas que je ne m’implique pas.

Moi, mes pen­sées et mes gestes sont autant de tem­pêtes affo­lées par le trou noir de la véri­té. Je tente dans ma vaine volon­té, tel un jeune dan­seur, de tour­ner autour de ce poteau glis­sant de l’existence.

Heu­reu­se­ment qu’il y a la musique, la res­pi­ra­tion, les gestes lents d’un yoga autre­fois appris. Rien ne se perd quand on apprend, tout se recrée jusqu’à nous y trou­vions notre rythme autour de notre feu.

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