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Notre légende personnelle

Je lis en ce moment O Alqui­mis­ta (L’Alchimiste), dans sa ver­sion ori­gi­nale por­tu­gaise. Cette lec­ture est en soi une vic­toire puisque j’ai com­men­cé à apprendre le por­tu­gais il y a un an. On reproche à l’auteur, Pau­lo Coel­ho, d’user d’un lan­gage trop simple. Cela fait pour­tant mon bon­heur, car je ne presse pas tou­jours le doigt sur les mots pour en obte­nir une défi­ni­tion (ah ! les mer­veilles de l’électronique !).

J’ai pro­ba­ble­ment lu ce roman par le pas­sé, j’ai tel­le­ment lu dans mon ado­les­cence, ou en aurais-je vu une trans­po­si­tion à l’écran ? Ce roman s’est ven­du à des mil­lions d’exemplaires, après tout. Ou est-ce le fait que le pro­pos emprunte le même che­min que ces phi­lo­so­phies nou­vel-âge qui ont colo­ré la fin du XXe siècle ?

Todas as pes­soas, no come­ço da juven­tude, sabem qual é sua Len­da Pes­soal. Nes­sa épo­ca, tudo é cla­ro, tudo é possí­vel, e elas não têm medo de son­har e dese­jar tudo aqui­lo que gos­ta­riam de fazer na vida. Entre­tan­to, à medi­da que o tem­po vai pas­san­do, uma mis­te­rio­sa for­ça come­ça a ten­tar pro­var que é impossí­vel rea­li­zar a Len­da Pes­soal.

« Tout le monde, dans sa jeu­nesse, connaît sa légende per­son­nelle. À ce moment-là, tout est clair, tout est pos­sible, et on n’a pas peur de rêver et de dési­rer tout ce qu’on aime­rait faire dans la vie. Cepen­dant, au fil du temps, une force mys­té­rieuse essaie gra­duel­le­ment de prou­ver qu’il est impos­sible de réa­li­ser sa légende per­son­nelle. »

Et le but, dans la vie, bien sûr, est de satis­faire cette légende. Voi­là qui est bien dit, qui fait rêver et espé­rer. Ce petit conte, dont je n’ai lu jusqu’à main­te­nant que le quart, tra­duit à mer­veille ce désir inné que nous pos­sé­dons de nous dépas­ser, de fran­chir les fron­tières du mieux que l’on peut. Cha­cun pos­sède son his­toire, sa manière de racon­ter sa vie par ses gestes, ses paroles et ses expériences.

Bien sou­vent, le déses­poir ou la tris­tesse nous enva­hit pour ne pas avoir atteint le but recher­ché. Beau­coup se fabriquent des ailes de cire mal pré­pa­rées aux grandes aven­tures. La chute est alors brutale.

For­cé­ment, on s’interroge sur ce qu’est cette légende. Dans un pre­mier temps, ne fau­drait-il pas lui enle­ver cette robe trop courte et trans­pa­rente avec laquelle ce mot se revêt. Un jeune enfant syrien, pri­son­nier des tirs d’adultes aux yeux rivés d’une colère aveugle, vit-il vrai­ment une légende ? Lorsqu’il reçoit une balle dans la tête, son his­toire s’achève sans avoir com­men­cé. Une jeune Indienne asper­gée au visage d’acide vous dira la même chose. Les légendes, c’est pour les bour­geois, les contes de fées pour les mor­tels qui rêvent d’éternité hollywoodienne.

On le sait pour­tant tous, notre bon­heur réside non pas dans la réa­li­sa­tion de ceci ou de cela, mais de l’équilibre que nous attei­gnons à par­cou­rir notre che­min, peu importe ce qu’il sera, dans l’abnégation la plus volon­taire pos­sible. Le bon­heur n’est pas de juger, qua­li­fier le sen­tier que nous emprun­tons, il n’est pas non plus de le paver d’un asphalte de bonnes inten­tions. Devant la mort, nous ne pou­vons que rêver et ce n’est que par cette humi­li­té volon­taire que nous par­ve­nons à pour­suivre notre route.

Alors, oui, notre légende per­son­nelle, ça fait rêver. Il est bon de se racon­ter ce genre d’histoire, de racon­ter vers l’arrière, de se remé­mo­rer ce que l’on a dit et fait, ce que l’on a rêvé. Il est sage éga­le­ment de regar­der vers l’avant, de réa­li­ser ce qu’il reste à par­cours avant la fron­tière finale. Et il est impor­tant de com­prendre ce que l’on a oublié, de se rap­pe­ler ces pétales de désir qui ornaient notre coeur. Il est pri­mor­dial de s’asseoir un temps, chaque matin, afin de com­prendre ce qui nous motive à vivre.

Jamais ne fau­drait-il oublier, cepen­dant, que la véri­table Légende dépasse l’individu, va plus loin que la pla­nète sur laquelle nous posons pieds. Si notre des­tin est de vivre une aven­ture, elle pren­drait plus de sens si elle était par­ta­gée, chan­tée et diri­gée vers un de ces soleils qui illu­minent notre insi­gni­fiance et notre igno­rance. La magie est là. Com­men­çons par nous réchauf­fer et à nous aimer autour de notre pre­mière étoile. Regar­dons ensuite la lune, regar­dons les lunes, les nébu­leuses et les trous noirs, les étoiles à pro­ton, les tem­pêtes cir­cu­laires jupi­té­riennes, les hexa­go­nales satur­niennes et tai­sons-nous par la suite, reve­nons auprès du feu, dans le cercle cha­leu­reux du vivant. Aimons-nous. On a déjà dit tout ça, n’est-ce pas ? Et alors ?

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