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Nous, les exilés

Modifié le : 2019/08/06

Je peux com­prendre les croyants qui se battent pour qu’on ne bana­lise pas leur foi, qu’on ne l’enrégimente pas dans un banal com­par­ti­ment de choses à savoir par­mi tant d’autres. Je com­prends ain­si ces parents qui se battent en Cour pour que leurs enfants ne soient pas « pol­lués » par des idées qui, au mini­mum, rela­ti­vi­se­ront les doc­trines qu’ils tentent d’inculquer aux jeunes cer­veaux qu’ils ont fait naître.

On peut com­prendre aus­si les gens qui ont peur que la belle langue fran­çaise ne dis­pa­raisse du ter­ri­toire qué­bé­cois, que la per­sis­tance des immi­grants à vou­loir par­ler anglais, seule langue externe qu’ils ont de toute manière apprise, fra­gi­lise la syn­taxe et les com­plexi­tés anciennes.

Il y a des menaces par­tout et il y en aura tou­jours. Autre­fois, c’était si facile, dit-on. Une seule reli­gion, une seule cer­ti­tude, une seule langue. Il y a bien eu des enva­his­seurs, on a dû par­ler ici anglais et on se bat encore pour que le fran­çais s’implante. Notre pri­son éco­no­mique était ain­si une sym­bo­lique pro­tec­tion, cela nous a tis­sés serrés.

Et main­te­nant ? C’est le flou sur tous les fronts et les gens, peu habi­tués à com­prendre les choses, se sentent exi­lés dans leur propre pays. La réa­li­té océa­nique des diver­si­tés cultu­relles gruge plus rapi­de­ment que pré­vu, tel un réchauf­fe­ment cli­ma­tique indu, les falaises où nous avions éri­gé nos minces mansardes.

Cela res­semble au Moyen Âge où, bien que tout était dif­fi­cile, par­fois bar­bare, les esprits s’éveillaient, allaient bien­tôt retrou­ver des cer­ti­tudes vol­ca­niques qui allaient don­ner les Révo­lu­tions, celle de l’esprit, de la science, du coeur et, fina­le­ment, de l’industrie.

Les gens qui ont peur ne semblent pas com­prendre que l’altérité est source certes de confron­ta­tions, mais aus­si d’enrichissements que, si elle peut abattre le ver­nis de tant de croyances et de dogmes, c’est bien pour y décou­vrir des couches plus anciennes, des véri­tés plus fondamentales.

Der­rière chaque Dieu, Allah et les autres tra­la­las, se cachent des ques­tions. Der­rière toute décou­verte scien­ti­fique, toute avan­cée tech­no­lo­gique, se des­sine la volon­té humaine d’aller de l’avant. La Bon­té est plus grande qu’il n’y paraît. La Véri­té ne nous appar­tient pas et nous le savons bien, car nous nous bat­tons non pas pour elle, mais géné­ra­le­ment pour de simples moda­li­tés. Tout le monde il a tort et il a raison.

Il y aura bien­tôt un siècle, les gens sur cette pla­nète ont com­men­cé à croire qu’on pour­rait reve­nir aux Fon­da­men­taux, à se créer une socié­té humaine juste, à l’échelle du globe. Plus tard, après la Deuxième Grande Bou­che­rie, on a ten­té de nou­veau l’exercice. Les Nations unies sont nées. Mais les Grandes Erreurs ont per­du­ré et, Inter­net oblige, nous en per­ce­vons par­tout les gâchis.

Il est nor­mal que les gens aient peur, ils veulent reve­nir en arrière, dans leurs hameaux confor­tables, avec leur dieu local qui dicte tout et qui ne per­met pas, en prin­cipe, les injustices.

Nous devrions cepen­dant assu­mer notre exil et avoir véri­ta­ble­ment foi en l’humanité. Le bon­heur est simple, et ce sont nos craintes qui gâchent tout. Nous devrions aimer le voyage et l’incertitude, car si c’est en voya­geant que se forme la jeu­nesse, il serait grand temps que le coeur des hommes prenne une cure de jouvence.

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