altPicture625636064

Nous n'appartenons qu'à tout le monde et qu'à nous

Modifié le : 2019/08/08

Je suis, bien enten­du, seul au monde. C’est ce que mon esprit me sug­gère chaque matin. Il ana­lyse, à son réveil, l’état du corps, oublie habi­tuel­le­ment de me le rela­ter, garde pour lui pro­ba­ble­ment le meilleur de tout ça. Quand je gonfle mes pou­mons, je n’y per­çois que ma seule pré­sence, quand j’ai faim, c’est pour mon seul intérêt.

Quand je m’appuie contre une peau, quand je découvre la pré­sence d’un autre, elle est for­cé­ment étran­gère. C’est ain­si que l’amour et l’amitié s’enflamment ; c’est éga­le­ment ain­si que la haine sur­git. De ces étin­celles pro­vo­quées par les dif­fé­rences. L’autre est un enfer, disait Sartre. Je crois que la géhenne prend sa source dans l’ignorance. Lorsqu’on élar­git le cercle de nos consi­dé­ra­tions, les géo­gra­phies de la bataille s’édulcorent. Nous appar­te­nons à tout le monde et à nous-mêmes, voi­là bien la grande contra­dic­tion à ché­rir. Prendre conscience de notre appar­te­nance aux autres, savoir que l’on dépend à la fois des cieux que nous aimons, mais aus­si des ravins que nous crai­gnons est une tâche gigan­tesque. Nous sur­vi­vons sur cette Terre parce que notre espèce tra­vaille pour nous.

Devrions-nous alors aimer tout le monde ? En quelque sorte oui, même si cela est impos­sible. Il y a quand même trop de cons sur cette pla­nète, il ne faut pas trop en deman­der. Tou­te­fois, nos cer­ti­tudes n’ont-elles pas fait ver­ser plus de sang que nos ques­tion­ne­ments ? Si, au lever du jour, notre esprit tem­pé­rait un tant soit peu ses vel­léi­tés, ne serait-ce que quelques ins­tants de rêves, qu’il s’habillait hum­ble­ment le temps d’une simple recon­nais­sance et si, tout le jour durant, il pre­nait soin de conser­ver, bien pro­té­gée dans sa lan­terne, la petite flamme de la bon­té, nos gens n’en seraient-ils pas révo­lu­tion­nai­re­ment colo­rés et changés ?

altPicture1585856418

#1a3958
#1a3958