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On remet ça

Modifié le : 2019/07/20

Sur le métier du roman, sept, huit, cent fois remet­tez votre ouvrage.

Il était grand temps que je me mette à la tâche. L’année 2013 aura été faite de sur­prises pour moi, à com­men­cer par la signa­ture du contrat avec VLB, puis le déclin de mes affaires et, enfin, l’emploi chez Spi­ria. Tous les che­mins me semblent fer­tiles à nou­veau, et même celui du chant s’éclaircit, se libère. Il se passe quelque chose autant dans ma tête que dans la gorge, le cœur. Puisse 2014 se pour­suivre sur cette lancée.

J’ai donc repris le texte, tel que par­tiel­le­ment anno­té par l’éditrice avant qu’elle ne s’arrête et me le remette afin que je revoie « l’oralité de mes per­son­nages », à savoir le niveau de lan­gage par­fois un peu trop emprun­té. Elle aime­rait éga­le­ment que je décrive davan­tage les lieux, que je mette moins l’emphase en quelque sorte sur la théâ­tra­li­té pour en reve­nir à une dou­ceur plus littéraire.

Tout d’abord, je me débar­rasse des tirets de dia­logue, j’ose le guille­met fran­çais à la place. Muni d’une petite macro Word de mon cru, je défile les dia­logues sans trop de peine. En enle­vant tous ces tirets dans le texte, j’ai l’impression de redon­ner la voix aux per­son­nages. C’est peut-être une illu­sion. Il n’empêche que mon texte est aus­si très visuel dans sa manière d’être jeté au lec­teur. Nous vivons à une époque d’images, de cadrage, de rac­cour­cis sym­bo­liques. J’essaie, à ma manière, de dépous­sié­rer ma poé­sie et je ne veux sur­tout rien enle­ver au rythme des dia­logues, de la viva­ci­té et de la fra­gile spon­ta­néi­té des sentiments.

Ajou­ter du texte est périlleux, car cela relève du pre­mier jet et je ne vou­drais pas trop paraître mal­ha­bile, m’en­far­ger dans la cou­leur de trop épais tapis de bonnes inten­tions. Les doutes m’as­saillent aus­si­tôt les phrases lan­cées. Bor­del, trois fois le mot pla­teau, à quoi tu penses ? Et puis, des ter­rains en forme de rizière au Qué­bec, tu déconnes un peu, là… (voir l’i­mage). Bof, mon pays est tota­le­ment inven­té. Je fais ain­si depuis L’Ef­fet Casi­mir. Mon Qué­bec demeure imaginaire.

Entrer de nou­veau dans la tête des nom­breux per­son­nages du roman est à la fois émou­vant et désta­bi­li­sant. Ils m’interpellent encore et je ne veux pas, en vou­lant les réécrire, les déna­tu­rer, voire les bif­fer. Ces êtres ima­gi­nés sont autant d’échos de ma per­son­na­li­té et je me dois de les faire vivre même si l’acte est, en soi, per­du d’avance.

Je ne sais pas ce que je suis, mais je me dois de com­mu­ni­quer, je me dois de sor­tir de la coquille dans laquelle je suis né. J’ai une mis­sion et elle est ins­crite nulle part ailleurs que dans ma volon­té. Per­sonne n’y peut rien sauf moi.

J’ai-tu hâte qu’il sorte, celui-là !

Et mon manus­crit s’intitule tou­jours Les Mailles san­guines. Je vais avoir beau­coup de mal, je crois, à décrot­ter le titre…

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