altPicture1275508071

Orages

Modifié le : 2019/08/05

L’orage, hier après-midi. Le ciel est deve­nu sou­dain plus gris que le mau­vais temps, la tem­pé­ra­ture a chu­té, le vent s’est mis à hur­ler, puis la pluie tom­ba, oblique et drue. On se serait cru dans une de ces tem­pêtes hiver­nales où rien n’est pos­sible, cha­cun dans sa tanière à attendre que des heures meilleures reviennent. Et elles sont reve­nues, repre­nant là où elles avaient lais­sé leur tri­cot régulier.

En va-t-il ain­si de ce mou­ve­ment étu­diant, de la pro­tes­ta­tion sociale qui a pris racine dans le cœur de quelques gens ? À la télé­vi­sion, un docu­men­taire sur la vie de Michel Char­trand m’a mon­tré le Qué­bec des années 60 et 70, du temps des lois 63, 19, des mesures de guerre, etc. Au-delà du folk­lore de cer­taines atti­tudes, on ne peut que faire le rap­pro­che­ment avec ce qui se passe en ce moment. Le degré et la force des gestes dif­fèrent, mais la cou­leur semble être la même.

Les orages bafouent, dérangent, désta­bi­lisent, incen­dient. Les vol­cans crachent, les océans noient, les météores effacent. Si cette Nature semble pour­tant savoir où elle s’en va, si elle sait com­pen­ser, réta­blir le bon temps, et user de la mort de l’un pour nour­rir la vie de l’autre, je reste per­plexe devant les acti­vi­tés humaines. J’ai du mal par­fois à voir la fina­li­té de leurs actes, je ne com­prends pas leurs colères, leurs avi­di­tés, je les trouve étran­ge­ment méca­niques et sans uti­li­té. La colère de l’un n’est pas là pour nour­rir, mais pour pro­tes­ter contre des forces qui n’ont rien à foutre de la fer­ti­li­té, et qui pré­fèrent s’avilir dans l’avidité. Les orages du peuple ne sur­viennent que pour cla­mer leur ras-le-bol de situa­tions qu’ils acceptent pour­tant pen­dant des décen­nies, comme si le jeu de l’esclave et du maître n’était qu’un pâle théâtre du chat et de la souris.

Il y a, bien sûr, tous ces prés créa­teurs, ces cœurs nobles, ces belles gens, ces génies, ces grandes voix, ces sublimes écri­tures, ce cercle angé­lique auquel je vou­drais faire par­tie. Il y a certes toute la bon­té et la beau­té de l’inventivité humaine.

Mais demeure en moi la mémoire de cette chan­son qui deman­dait pour­quoi le monde est sans amour et que ça ne devrait pas durer toujours.

Les mas­sacres, les injus­tices se pour­suivent. La Syrie s’en tire­ra, puisque à l’échelle pla­né­taire, on joue encore à la guerre comme au temps des preux che­va­liers. Je ne vois aucun équi­libre, aucune rai­son der­rière. Je ne vois qu’une race éton­nam­ment aux prises avec un mal, une défec­tuo­si­té d’assemblage, voire un acci­dent et que la Nature fini­ra bien par cor­ri­ger. C’est peut-être déjà commencé.

#1a3958
#1a3958