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Oxydable

Modifié le : 2019/08/07

Puisque la vie est un per­pé­tuel recom­men­ce­ment, elle est for­cé­ment une constante oxy­da­tion. Ce-qui-est ne devient plus. Par­fois, ce-qui-est s’amenuise peu à peu, s’enraie len­te­ment, s’oxyde et puis stoppe. Mais par­fois, le bris sur­vient et ce-qui-est n’est déjà plus, dans un grand fra­cas d’indifférence puisque ce-qui-est est main­te­nant ailleurs.

Nos ancêtres, ceux d’il y a très loin dans le temps, pos­sé­daient cette capa­ci­té, ou cette igno­rance, d’accepter l’Ordre, le Grand Plan. Ils savaient que de la des­truc­tion sur­gis­sait la construc­tion, que le bruit était le frère du silence, que la mort était l’amante mili­taire de la vie. La vie de nos ancêtres ne leur appar­te­nait pas, n’existait même pas.

Évi­dem­ment, cette monu­men­tale cer­ti­tude ne pou­vait pas, non plus, résis­ter à l’érosion. La vision du Grand Archi­tecte fut dis­crè­te­ment défor­mée par les émo­tions et les dési­rs des plus forts. Un nou­vel ordre naquit et les choses devinrent très com­pli­quées si bien que la Jus­tice devint adul­tère, la Bon­té cre­va ses yeux d’impatience et les faux pro­phètes allu­mèrent des bra­siers scan­da­leux. Le Para­dis ne pou­vait pas durer. Ce sera sans doute les Hommes qui l’auront tué, mais ç’aurait pu être une comète.

Ain­si, toute chose s’oxyde, sur­tout nos corps. Pour nos âmes, nous ne savons pas encore. Les réponses que nous avions trou­vées ne semblent plus tenir la route. La rouille colore les béni­tiers. Les fois sont toutes vieillis­santes et ceux qui y adhèrent tou­jours deviennent sou­vent vio­lents ou bête­ment suicidaires.

Mes propres os montrent des signes de fatigue. Alors j’écoute ce chant, ce bat­te­ment inté­rieur, cette mélo­die aux notes à la fois dis­cor­dantes et belles. Ce chant ne m’appartient pas, je n’en connais ni la source ni le des­tin. Tout lui est égal. L’entends-tu, lec­teur ? Le com­prends-tu, lectrice ?

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