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Source de la photo : Représentation du Pikaia gracilens © Musée Royal de l'Ontario/Phlesch Bubble, honteusement copiée de Radio-Canada.

Pikaia

Modifié le : 2019/08/06

Hier soir, je me suis remis à la révi­sion des Mailles san­guines. Je vou­lais écrire à ce comi­té de lec­teur de la mai­son d’édition qui, sans fer­mer tout à fait la porte, ne l’a pas ouverte beau­coup. Je vou­lais leur dire que je ne me décou­rage pas. Mais ça ne sert à rien. Ce tra­vail m’appartient.

On me demande de retra­vailler le texte, sur­tout pour en enle­ver les mal­adresses et les excrois­sances (sic). Je suis prêt à le faire même si j’aurais aimé que me l’on sug­gère les endroits où faire les coupes. Qu’à cela ne tienne, déjà, à la lec­ture du pre­mier para­graphe, j’ai sen­ti le malaise habi­tuel de l’ennui et du déjà vu. Cela prend un cer­tain cou­rage de remettre sur la table, voire sur l’étal de la bou­che­rie, les mots que l’on avait, à prime abord, pen­sé si bien ordon­nés. Du cou­rage parce qu’il faut écra­ser le peu de fier­té que l’on avait et, de ce côté, de toute manière, je suis pas­sé maître.

Il fait beau, dehors. Je ne me pro­mène plus vrai­ment, le matin. J’ai été très fati­gué ces temps-ci et j’ai consom­mé le plus de som­meil pos­sible. Et puis l’ouvrage qui n’arrête pas. J’avance. C’est déjà ça de gagné.

J’ai pour modèle le Pikaia qui, après avoir man­gé toute sa boue, a don­né une longue pro­gé­ni­ture dont l’une d’elle, après moult muta­tions et ter­gi­ver­sa­tions, tape ces lignes. La danse de l’évolution est fas­ci­nante, la genèse de tous ces êtres épars si ver­ti­gi­neuse, et j’occulte bien volon­tiers les mil­liards de mil­liards d’étoiles autour des­quelles tournent des pla­nètes gravides.

Je mange ma boue et en suis fort aise. Je reviens à mes mots et je sculpte mon modeste châ­teau dans le sable d’un uni­vers friable.

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