Plus fort que nous | Guy Verville
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Plus fort que nous

En nous se meuvent les reflets d’un océan qui nous submergera toujours. Tout est plus fort que nous. À notre naissance, le cycle des planètes aura imprégné son seau dans notre ADN. À partir de cet instant, nous traversons les spirales hélicoïdales de nos humeurs et de nos destins. On a beau dire, on a beau faire, on a beau prendre en main ses pulsions et harnacher ses pensées, il y aura au minimum sur le chemin cet arrêt final qui stoppera la plus obstinée des velléités.

On dira alors que les frontières de ses libertés se situent dans la compréhension de ces limites, dans l’acceptation humble de son impuissance. La réalité, la grande, celle que l’on peut affubler de majuscules si cela peut rassurer, cette réalité semble être une somme, ou plutôt une médiane de tous les égos. Encore faut-il que ceux-ci puissent se mesurer aux monstres d’existence que sont les étoiles, les galaxies et les super filaments de l’espace.

Mais à quoi bon vouloir se mesurer puisque même les trous noirs se perdent en conjecture. Un astéroïde trop petit pour être détecté a frôlé récemment la Terre. Les scientifiques ont frémi, car ils ne l’ont pas venu venir.

Nous sommes ignorants et malhabiles. Puisque tout est plus fort que nous, nous nous permettons de funestes certitudes qui, d’après l’Histoire, nous auront toujours conduits au meurtre, à la guerre. En sommes-nous en ce moment à répéter, à défaut de comprendre, le cercle vicieux ?

Nous, les petites gens, nous nous soumettons. Les autres, les gens de pouvoir, ne savent pas sur quel bouton appuyer, se gavent, tout comme nous, d’alcools, d’espoirs et de pilules. Nous eux eux finiront par mourir, seuls ou en en tuant d’autres, à moins qu’une autre comète ne vienne entretemps mettre fin à ce cirque.

Tout est plus fort que nous. Cela fait une ombre sur notre combativité. Alors nous cherchons à allumer toutes les pensées possibles pour que nous cessions d’avoir peur. C’est en soi un miracle que l’univers se manifeste de cette manière. Il suffit de s’asseoir et d’en prendre conscience pour qu’un calme relatif s’impose à notre corps chapeauté ce notre cerveau hallucinogène.

Y a-t-il là matière à réflexion ? Je n’ai parfois plus d’énergie pour me poser la question. Mais je me regarde aller davantage. C’est probablement l’âge ? Il paraît que cette distanciation est une forme de sagesse qui ne mène on ne saura jamais où, car c’est dans le silence que se semble se résoudre et vivre les contradictions.

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