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Pour ce luxe glorieux de vous admirer

Modifié le : 2019/08/04

Ce soir, j’ai mon cours de chant. Comme toute pas­sion qui s’installe, je ne pense qu’à ça, même si, dans les faits, je me bute à bien des obs­tacles, dont cette deuxième que je dois apprendre. Per la Glo­ria d’adorarvi (pour la gloire de vous aimer) est une jolie ritour­nelle tirée de l’opéra Gri­sel­da de Gio­van­ni Bat­tis­ta Bononcini.

Le texte se lit ain­si (libre­ment tra­duit à par­tir d’une tra­duc­tion anglaise):

Pour la gloire (je dirais le luxe glo­rieux) de vous admirer
Je désire vous aimer
Ô chères lumières (pru­nelles)
À aimer je souffrirai
Si, si, je souffrirai !
Je souffrirai,
Je vous aimerai,
Chères lumières

Sans espoir de délices,
Vaine affection,
Cela est si accablant.
Mais vos rayons si doux (vos yeux de miel),
Com­ment ne pas les regarder ?
Com­ment ne pas vous aimer ?
Je souffrirai,
Je vous aimerai,
Chères lumières

Pour la petite his­toire, je suis tom­bé par hasard, dans un site de ren­contres, sur la pho­to d’un homme dont le regard ferait fondre les vieilles gonades de Benoît XVI et les nichons assé­chés des bonnes sœurs qui sont endor­mies à ses pieds. C’est à peu près le sen­ti­ment que je dois adop­ter pour cette pièce, quand, ron­gé par un mou­ve­ment qui se nomme non pas tram­way, mais désir, on en vienne à jeter toute volon­té aux pou­belles de la dérai­son. Or, il me semble que mon cœur se méfie main­te­nant. Un peu vieux, le gars, pour pré­tendre l’amoureux aux tes­ti­cules prêts à lan­cer l’assaut. Mais on peut feindre, sur­tout à nos âges, n’est-ce pas madame Chose ? La dif­fi­cul­té est ailleurs.

La pièce, fort mélo­dieuse, qu’on en juge par la vidéo de Pava­rot­ti, est simple et dif­fi­cile à inter­pré­ter. Je m’y casse la voix depuis une semaine. Je la pre­nais tout d’abord trop len­te­ment, j’appuyais trop sur mes notes. Rien de léger, rien d’affable. Et puis, ces notes, au-delà de la zone du do supé­rieur, sont très incon­for­tables pour moi. Et je me rends compte que Pava­rot­ti les prend qua­si en voix de tête quand il doit les faire en pia­nis­si­mo. Pas éton­nant ! Mais bon, faut pas se com­pa­rer non plus à ce grand chan­teur. Je pous­se­rai, je pous­se­rai, mes rauques cordes vocales comme je le pourrai !

Com­ment ferai-je pour te rendre gloire, bel air, car je souf­fri­rai, je souf­fri­rai à ten­ter l’impossible de te séduire.

Je me cherche dans tout cela. Puis, je suis tou­jours dans l’expectative d’une réponse posi­tive d’un édi­teur. Pas rap­port ? Si… Tout me paraît sou­dai­ne­ment fra­gile, ma voix casse, je veux trop, je ne relaxe pas, ça ne semble tenir qu’à des voeux pieux, tout cela, ces beaux airs, cette jeu­nesse pas­sée, ces pro­messes qui tardent à mûrir. Et pour­tant, cet insis­tant regard que nous pro­cure l’existence. Cette vie, ces beaux yeux, que je souf­fri­rai à les aimer, car, dans leur fini­tude, il n’est de gloire qu’à les admirer…

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