altPicture1932438790

Retrouver ses mots

Modifié le : 2019/08/05

Ai ter­mi­né la lec­ture du Gar­dien du feu pour me plon­ger aus­si­tôt dans les Lettres à un jeune poète de Rilke. Pour­suis en même temps, en paral­lèle, la relec­ture des Mailles san­guines. La com­pa­rai­son des souffles d’écriture est inévi­table même si les cri­tiques, comme le sug­gère Rilke dans sa pre­mière lettre, sont superflues.

Tou­jours est-il que ces auteurs pos­sé­daient un bagage lit­té­raire que je n’ai pas, ou que peu de contem­po­rains usent. Les écrits d’aujourd’hui me semblent plus géo­mé­triques, fonc­tion­nels, la pas­sion s’agrippe à des maté­riaux inha­bi­tuels, impropres à l’envahissement. Le papier n’est plus cette friable pierre qui accepte la patine de la réécri­ture en lais­sant sur la table, des traces, des ratures, des feuilles qu’on hésite à jeter. Main­te­nant, le cla­vier est un ammo­niaque puis­sant, les mots sont lavés, les sur­faces rame­nées à leur pixel zéro. À moins de conser­ver de trop nom­breuses ver­sions trop longues à aus­cul­ter, la perte est sans retour.

Les pre­mières pages de mon roman m’apparaissent sou­dain bien froides, et pour­tant effi­caces. Je biffe encore des phrases, je jette à la pou­belle vir­tuelle des adverbes, je joins élec­tri­que­ment des phrases comme en ce moment, avec la relec­ture de ce billet.

Je garde en tête les pré­ceptes de Rilke qui, dans ma com­pré­hen­sion, se tra­duisent ain­si : si ton cœur te demande d’écrire, écoute ce qu’il a à dire, ne t’impose aucune limite de temps, ne te pré­oc­cupe pas des autres, ils ne te com­pren­dront que si tu toi-même arrive à demeu­rer fidèle à ce que tu es. Et si, au final, ils ne t’entendent pas, qu’importe, les créa­teurs demeurent seuls et auront tout de même fait un voyage trou­blant. Les autres pos­sèdent aus­si leurs pas­sions, leurs soli­tudes. Ils ne sont ni plus mau­vais, ni mieux que toi. Leur aven­ture est dif­fé­rente. Enfin, si ton cœur te demande d’écrire, n’écris pas les grandes choses, cherche l’ombre, le minus­cule, l’intangible, oublie les grands thèmes. Tu décou­vri­ras alors que la lumière éter­nelle enivre­ra cha­cun de tes ins­tants et tu par­vien­dras sur des som­mets qu’il fal­lait décou­vrir, loin de ceux déjà maintes fois cartographiés.

#473938
#4b0c12