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Salut, demeure chaste et pure, ou la bataille du contre-ut

En août 2012, j’amorçais un long appren­tis­sage du chant clas­sique. Com­ment dire, c’était hier. C’est ce qu’on se dit quand on per­siste et signe. On ne voit pas le temps pas­ser, on se laisse ber­cer par la pas­sion d’explorer et de s’abandonner à emprun­ter des che­mins inconnus.

En 2017, je délais­sais, il me sem­blait pour de bon, le chant cho­ral. Je me sen­tais flé­trir dans un cul de sac d’homogénéisation et s’il me fal­lait vieillir seul avec ma voix, autant l’explorer le plus long­temps et le plus haut possible.

À coup d’une répé­ti­tion par semaine, disons un peu plus de qua­rante séances par an, les pro­grès ont été lents, aléa­toires. La tech­nique s’est ins­tal­lée tout de même et la vic­toire s’est gagnée sur­tout dans la com­pré­hen­sion des aigus. Il y a deux ans encore, je par­ve­nais à peine à chan­ter un si bémol. Voi­là que, mal­gré l’humilité que cela impose, j’ai réus­si, dans un pre­mier temps, à gueu­ler un contre-ut, pour ensuite être capable de l’atteindre sans trop d’accidents.

Si on ne sait pas ce qu’est un contre-ut, c’est le genre de note que tout ama­teur d’opéra attend de pied ferme de la part d’un ténor, et cer­tains airs sont célèbres pour se cas­ser la gueule, tel le Salut, demeure chaste et pure, de l’opéra Faust com­po­sé par Gou­nod. Cer­tains ténors lancent la note comme une trom­pette biblique devant les murs de Jéri­cho, d’autres réus­si­ront à glis­ser des­sus avec tout le miel dont la puis­sance de leur tes­to­sté­rone permet.

De mon côté, eh bien, ça va res­ter entre mon pro­fes­seur et moi, ne vous en déplaise.

Sans vou­loir faire de l’effet, je peux quand même affir­mer que chan­ter est une bouée de sur­vie. Toutes ces jour­nées où je suis arri­vé épui­sé devant mon pro­fes­seur pour res­sor­tir de la séance ragaillar­di et exci­té ! L’apprentissage du son aigu relève de la cathar­sis. Point de peur à avoir, ça passe ou ça casse et ça redonne confiance en la vie !

Main­te­nant, j’entends dans ma petite tête, la hau­teur du défi, l’étroitesse et la puis­sance de ces sons qui, lorsqu’ils résonnent dans la caverne de mon crâne, font explo­ser des doses mas­sives de séro­to­nine (ou de dopa­mine, allez savoir).

Chan­ter du Gou­nod n’est peut-être pas ma tisane pré­fé­rée, car l’opéra, madame Chose, c’est quand même un peu beau­coup du Dis­ney on Ice ; cela demeure un pas­sage obli­gé soit explo­rer les divers uni­vers de la musique comme si l’on était un Hob­bit en quête d’une hauteur.

Voi­là qu’après main­te­nant sept ans de leçons, j’ai déci­dé de reve­nir au chant cho­ral. J’ai audi­tion­né pour entrer dans un chœur de bon niveau, l’Ensemble vocal Phoe­bus. On m’a accep­té. J’y arrive en tant que ténor. J’ai chan­té cet été avec une par­tie du groupe lors de funé­railles de la mère d’un des cho­ristes. L’expérience m’a don­né le goût de renouer avec les concerts et aus­si la cama­ra­de­rie vocale. Il était temps, j’imagine, que l’ours sorte de son antre.

Je n’abandonne cer­tai­ne­ment pas les leçons pour autant, plu­tôt le contraire, tant et aus­si long­temps que mon pro­fes­seur vou­dra bien de moi. Ma mère m’a don­né sa voix, mon père son cou­rage. À la vie, à la mort, je suis né cigale, eh bien, je chan­te­rai été comme hiver !

Ci-des­sous, quinze exemples de la même pièce. On finit par avoir un peu mal au cœur d’en­tendre la même note. La seconde vidéo est l’air complet.

Classé dans :FaustGounodchant

Commentaires

  • Marguerite

    Marguerite 2020/08/09 15:38 0

    Yes, Marguerite really is my name. And I LOVE this aria. I found your article fascinating, especially listening to the very different ways that different tenors sung the high C. They sound so different! I have two recordings of Jonas Kaufmann singing this aria, one on the DVD Met Opera's production and the other on a CD (L'Opera, I think). He sings the C what I can only describe as "full out" on the DVD but on the CD it's with a light floating high C. I would so very much like to know how a singer produces the note in such different ways.

  • admin

    admin 2020/08/09 22:02 0

    Thank you for your comment. Kaufmann's technique is exceptional, although I'm not sure I like this gentle interpretation.

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