altPicture932838145

Sans demeure

Modifié le : 2019/07/20

Il est 9 heures du matin. Le prin­temps lèche patiem­ment sa nou­velle terre. J’ai remar­qué, ven­dre­di der­nier, au sor­tir du bureau, que la jour­née sor­tait doré­na­vant plus tard ses habits noc­turnes. Bien que l’hiver soit loin d’être ter­mi­né, on res­sent, tant dans le vent que dans les esprits, le relâ­che­ment de son étau. On a hâte au prin­temps, j’aspire à plus de calme.

Je n’écris plus ici. Ce n’est pas par manque d’intérêt. Le rapide chan­ge­ment de tra­jec­toire de ma vie, ini­tié en octobre, s’est fait certes sans trop de heurts et je suis heu­reux de l’avoir fait. Tou­te­fois, les fon­da­tions demeurent fra­giles ou incer­taines. Je ne crains nul­le­ment pour mon emploi, au contraire, je ne crains nul­le­ment pour mon ave­nir. Encore une fois, je suis heu­reux de ma déci­sion. Il faut main­te­nant me sor­tir len­te­ment du bour­bier finan­cier dans lequel mes deux pieds s’étaient enfoncés.

Je suis content, mais pas entiè­re­ment ras­su­ré. C’est sans doute juste une lente fatigue, une zone de ce divin mécon­ten­te­ment qui pré­fère pro­ba­ble­ment la glace de l’hiver inté­rieur que la satis­fac­tion tran­quille de vivre des jours ordi­naires. Je me dis par­fois que je ne pour­rai jamais être heu­reux. Je pré­fère cette désta­bi­li­sa­tion, car j’apprends, j’apprends, j’apprends, j’expérimente, je savoure les petits bon­bons de véri­té qui résultent de cette fabri­ca­tion infa­ti­gable de mes réflexions. Tel Camus, je pré­fère la corde raide, le ver­tige qui, pour­tant, m’épouvante. Il n’y a de réel bon­heur que dans la tragédie ?

Non, bien sûr. Il n’y a de réelle assu­rance qu’entre les deux, qu’entre le noir et le blanc, qu’entre le ver­nis et le bois.

Je vais donc mon petit bon­homme esseu­lé de che­min. J’ai beau aimer coder, conce­voir des tac­tiques jQue­ry, Dru­pal ou pho­to­sho­piennes, en pas­sant par les consi­dé­ra­tions res­pon­sive et les Var­nish, les pro­tu­bé­rances de syn­taxes proches des machines, je demeure d’abord et avant tout un roman­tique, un cerf-volant sans maître rat­ta­ché à si peu et qui adore ses cours de chant parce qu’ils ont réveillé la gorge, ils assou­vissent l’expression.

J’ai pour­tant de si grands dési­rs d’amours éter­nels et pai­sibles comme une mère étale.

Bref, la vie conti­nue. En ce moment, je n’écoute pas les appels de la décla­ra­tion d’impôts et me concentre sur ce roman qui, dans ma tête, a chan­gé de nom. Sans demeure. Comme si le texte ne pou­vait pas avoir de titre réel. Je ne sais pas ce qu’en dira ma sym­pa­thique édi­trice chez VLB qui, la pre­mière, s’interrogeait sur la dif­fi­cul­té de com­pré­hen­sion du pre­mier titre, Les Mailles san­guines.

Une chose est cer­taine, je ne suis plus sûr de rien et, de le savoir, me redonne du cou­rage. En tout. La vie, entre nos mains, est toute petite. L’immense défi que nous avons est de ne ni trop souf­fler sur cette braise fra­gile ni trop rete­nir son air.

Il me reste 57 cha­pitres à relire comme s’ils étaient les der­niers que mon ima­gi­na­tion aura à pro­duire. Je ne dis pas cela pour être tra­gique, mais bien parce que je suis tra­gi-comique et tout à fait conscient du temps qui passe.

Le suis-je vraiment ?

Rien ne sert de cogi­ter, il faut écrire à point.

#1a3958
#1a3958