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Si belle est la chaîne

Modifié le : 2019/07/17

Je veux depuis long­temps repar­ler du chant. Je n’ai pas ces­sé mes cours, mal­gré quelques absences ici et là, dans l’enchevêtrement des acti­vi­tés quo­ti­diennes. Je n’ai pas, non plus, été assi­du à répé­ter chez moi.

Par contre, le pro­grès semble y être. Quelque chose de sub­til s’opère dans cette gorge fra­gile. Les cordes vocales, encore sans doute trop ten­dues, s’acclimatent pour­tant de chan­ter plus haut. Il est rela­ti­ve­ment facile d’aborder le la, de glis­ser encore plus haut, jusqu’à deux tons plus hauts sans que ça ne soit brillant. Je ne fatigue pas, à ces hau­teurs et, lorsque je ne songe pas à bien chan­ter, je chante mieux.

Mon pro­fes­seur m’enjoint sys­té­ma­ti­que­ment de délais­ser mes attaques trop viriles. La voix doit res­ter fra­gile, pour ain­si dire, tou­jours à dan­ser sur la pointe des pieds sur un fil de fer qui n’appartient qu’à la mélo­die. Si cette phrase paraît concep­tuelle, elle n’en demeure pas moins vraie. Que l’on prenne, par exemple, une mon­tée que je dois faire dans Pri­gio­ne­ra hò l’alma in pena, un air de l’opéra Rode­lin­da de Han­del. Je pars d’un mi grave et je dois atteindre tran­quille­ment un la. Si j’attaque cette mon­tée en appuyant sur les pre­mières notes, je me rends dif­fi­ci­le­ment au som­met. Si, par contre, je laisse vibrer comme de l’eau fré­mis­sante les pre­mières notes, sans les pous­ser, le la, per­ché tout en haut, me paraît plu­tôt bien. Alors je répète ma mon­tée, deux, trois, six fois, avec des résul­tats divers qu’il m’est pour­tant dif­fi­cile de juger.

Car, s’il est une chose trou­blante en chant, c’est qu’on ne s’entend pas tel­le­ment chan­ter que ça. Le pro­fes­seur est content à des moments où je m’y attends le moins. S’entendre chan­ter est un péché. Chan­ter haut, c’est chan­ter avec une bou­teille rem­plie presque à ras bord. Toute l’énergie est dans le gou­lot. Pas facile à com­prendre, à sai­sir. Et puis, oui, ma voix me semble fra­gile, apeu­rée. Comme depuis le début, un pro­ces­sus cathar­tique s’opère. Je sens la glace se fis­su­rer. Est-ce une bonne chose ? Liber­té ou écla­te­ment ? Ça me coûte cher, même si, à dire vrai, le tarif de mon pro­fes­seur est plus que rai­son­nable, mais mes finances étant ce qu’elles sont…

Par­lant d’argent, je suis en contact avec un conseiller finan­cier, enga­gé par ma com­pa­gnie, pour nous offrir des REER conve­nables. Une des pre­mières étapes sera de remettre à flot mes finances. J’ai deman­dé à ce conseiller d’inclure ce cours de chant comme une dépense essen­tielle. C’est tout dire et tout chanter.

Au fait, cet air d’opéra est déli­cieux, si contem­po­rain. Mon pro­chain roman pour­rait tour­ner autour de l’amour (j’ai un titre : Mon chair ami). Le texte ita­lien va à peu près ain­si : Mon âme pri­son­nière est tour­men­tée, mais si belle est la chaîne que je ne veux pas la liber­té. Triste et malade, mon coeur est pros­tré, mais son mal est si plai­sant qu’il ne désire pas en être délivré.

À la manière de Han­del, du miel !

Un grand mer­ci, en tout cas, à Vincent !

Chan­té ici par Kurt Streit (c’est à 1′00″). Chan­té très len­te­ment, peut-être trop ? Mais bon, Ma si bel­la è la cate­na (mais si belle est la chaîne, et non, mais si belle est la catin). Cela semble si facile pour lui ! Soupir…

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