altPicture1369253549

Slow motion

Modifié le : 2019/08/06

Le temps est par­ti­cu­liè­re­ment doux à Mont­réal. L’hiver, tout compte fait, n’a pas de prises sur le bitume hui­leux de la métro­pole qui n’en pour­suit pas moins sa course.

Mes propres jours sont pres­sés ; les clients veulent tous tout pour hier et ils cherchent à enter­rer le plus pos­sible le len­de­main avant qu’il ne naisse. Déjà un réveil tôt le matin, car je devais me rendre au CSLC pour mon annuelle prise de sang. Retour chez moi, et jour­née à éteindre les mul­tiples feux ini­tiés par mes clients. Je suis pri­vi­lé­gié de ne pas avoir à me cher­cher du tra­vail, celui-ci arrive vers moi sans effort. J’aime mon métier. Dans cer­tains milieux, on m’appelle The Machine, car je sais pro­duire pres­te­ment et efficacement.

Il y a certes un coup phy­sique et men­tal à cette pro­duc­tion par­fois effré­née. Et hier, il m’a fal­lu prendre de bonnes res­pi­ra­tions pour cal­mer tant mes nerfs que mon cœur. Puisque c’était mer­cre­di-piz­za (un petite tra­di­tion com­mu­nale à la mai­son ), je suis allé cher­cher du vin en fin de jour­née. Les rues à l’heure de pointe sont vives, trop peut-être. Peu de gens sou­rient, ils ont été eux aus­si pres­sés comme des citrons et ce qu’il leur reste d’énergie leur ser­vi­ra à les conduire sage­ment à la mai­son où ils s’endormiront vrai­sem­bla­ble­ment très vite dans leur cana­pé. Oh ! la vie ne s’arrête certes pas au 9 à 5. Plu­sieurs d’entre eux auront leur 5 à 7, leur petite heure de jouis­sance, leur grand bon­heur au théâtre, au ciné­ma ou dans leur lit. La vie conti­nue, et elle semble par­fois si rapide, si énervée.

Comme la suc­cur­sale de la SAQ est suf­fi­sam­ment loin pour prendre le métro lorsque je suis pres­sé, mais assez proche tout de même pour faire le tra­jet à pied, j’ai opté, vu la douce tem­pé­ra­ture, pour la marche.

J’ai pris mon temps, ralen­ti la pres­sion, écou­té mon exis­tence tra­ver­ser la rue, obser­ver tel homme à la barbe enivrante pour mes yeux, telle femme à la fatigue évi­dente aux bras qui traî­naient deux mar­mots récal­ci­trants, tel autre homme, vieux, aux jambes si cham­bran­lantes qu’on l’imaginait tom­ber là, comme une branche au ver­glas. Dif­fé­rents par­cours, dif­fé­rentes vitesses.

À mon retour, je contem­plai l’évolution de la construc­tion de ces nou­veaux condos qui étouf­fe­ront bien­tôt l’église demeu­rée au centre du com­plexe. Les ouvriers n’étaient déjà plus là. J’y ai vu une belle lumière. Clic, clic avec mon appa­reil photo.

Il pleu­vait un peu. J’ai pres­sé le pas, car il faut se méfier de l’eau tranquille.

Bonne piz­za avec mes amis du rez-de-chaus­sée qui s’endormaient déjà dans le cana­pé. Je suis remon­té, me suis éner­vé un peu, çar on me deman­dait encore de me pres­ser pour un truc, ai tra­vaillé encore puisque ma charge de tra­vail est deve­nue une grande forêt qu’il me faut abattre. Guy The Machine. Un ami m’a dit d’aller me cou­cher, car je deve­nais bête.

Ce que je fis. Bref, la len­teur m’échappe. Ren­dons grâce au som­meil impla­cable qui, lui, n’accepte que rare­ment d’être déran­gé dans son horaire.

#1a3958
#1a3958