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Srinivasa Ramanujan

Puisque je n’avais per­sonne avec qui célé­brer, hier, je me suis tapé en rafale un épi­sode Net­flix et un film plu­tôt mau­vais. Ce der­nier, pour­tant, raconte une his­toire fascinante.

Régu­liè­re­ment, j’entre en contact avec l’univers mathé­ma­tique, comme si cet uni­vers était un jar­din secret jamais visi­té, trop frous­sard que je fus pour en explo­rer les com­plexes sen­tiers. Le film en ques­tion, The Man Who Knew Infi­ni­ty, relate l’aventure bri­tan­nique du mathé­ma­ti­cien Sri­ni­va­sa Rama­nu­jan. Le film est mau­vais, car il est vrai­ment trop sucré, semble débu­ter en plein milieu de l’histoire et on per­çoit très peu de cette infi­ni­té que le titre annonce. De plus, le scé­na­rio res­semble étran­ge­ment à l’article de Wiki­pé­dia sur l’homme.

Quoi qu’il en soit, le phé­no­mène qu’est Rama­nu­jan mérite qu’on s’y attarde. Son court pas­sage sur Terre a failli ne jamais être recon­nu, car au début du XXe siècle, les Indiens, tou­jours sous la férule bri­tan­nique, étaient consi­dé­rés comme des gens de second ordre. L’histoire de Rama­nu­jan pour­rait se résu­mer ain­si : ins­pi­ré, des équa­tions mathé­ma­tiques lui venaient presque en rêve. Il était certes un mathé­ma­ti­cien aguer­ri, pour­tant sans grande for­ma­tion géné­rale puisqu’il ne se concen­trait que sur les mathé­ma­tiques, délais­sant les autres matières, ce qui lui condui­sait inva­ria­ble­ment à l’échec scolaire.

Pro­fon­dé­ment reli­gieux, on pou­vait sans doute le consi­dé­rer à l’époque comme un illu­mi­né. Bien qu’il y ait un peu de légendes autour de lui, Rama­nu­jan ne sem­blait pas trop appré­cier les preuves en mathé­ma­tiques. Pour lui, ses décou­vertes allaient de soi et il fal­lut la patience et la rigueur de son men­tor bri­tan­nique, G.H. Har­dy pour faire recon­naître et cana­li­ser le génie du pro­dige. Har­dy dira d’ailleurs que sa plus impor­tante contri­bu­tion aux mathé­ma­tiques fut la décou­verte de Ramanujan.

Ce jeune Indien a pro­fon­dé­ment mar­qué l’univers des mathé­ma­tiques de son temps. Il a lais­sé quatre impor­tants car­nets de for­mules qui sont encore sou­vent à prou­ver et qui ins­pirent d’autres mathé­ma­ti­ciens. Cer­taines de ces for­mules, dans le der­nier car­net, ont contri­bué à faire avan­cer la science des trous noirs.

C’est tout dire de cette courte et brillante lumière. Il est mort à 32 ans, non pas de tuber­cu­lose, comme le laisse croire le film, mais d’une mala­die du foie, lar­ge­ment répan­due dans son lieu d’origine, le Madras.

Ain­si va la vie. On se plaît à admi­rer ces étoiles filantes à l’existence si courte et on sou­hai­te­rait pos­sé­der ne serait-ce que les miettes de cette pas­sion qui les dévore. Pour ma part, je regrette de ne pas pos­sé­der ni le temps ni la concen­tra­tion pour com­prendre l’infini comme sem­blait savoir le faire Ramanujan. 

Il y a tel­le­ment à décou­vrir… Comme le disait Har­dy (dans le film, en tout cas), les mathé­ma­ti­ciens existent pour révé­ler la beau­té du monde, une splen­deur qui leur échappe, créée d’on ne sait où, par quoi, par qui, et la tra­gé­die est grande quand quelqu’un n’a le temps que d’entrouvrir ce voile opaque du néant avant qu’il ne se fonde de nou­veau à lui sans tam­bour ni trompette

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