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Steve Jobs en rêve

Modifié le : 2019/07/20

Ne me deman­dez pas quand a débu­té mon rêve. Je peux vous dire qu’il devait être six heures trente du matin. Ses racines remontent en par­tie à la veille, alors que j’ai, non pas faire eu affaire à un chat, mais à Fido, ma com­pa­gnie de télé­phone. J’ai renou­vel­lé mon contrat et en ai pro­fi­té pour me pro­cu­rer le der­nier né des pro­duits Apple, le iPhone 6. Si je montre un chat, c’est parce que je m’é­tais pro­mis d’é­crire sur nos vies, de ces étapes qua­si intan­gibles qu’il nous est si aisé de comp­ter une fois qu’elles sont vécues. Durant la courte période qui nous est impar­tie sur Terre, nous sommes chat, ou ser­pent, nous chan­geons per­pé­tuel­le­ment de vie, ou nous chan­geons de peau.

C’est dans ce contexte que j’ai rêvé à Steve Jobs. Le rêve fut doux. Jobs por­tait un col rou­lé de laine épaisse, du même bleu qui orne la page. Il était en chaus­settes grises, son pan­ta­lon de la même cou­leur, vêtu donc à la manière de Jobs, riche­ment simple. Nous étions dans un hôtel. Il était seul, mature, un regard pai­sible. Il se savait mou­rir. Il n’é­tait pas en déni, il me sem­blait plu­tôt fort et serein. J’é­tais fas­ci­né par sa pré­sence et, égoïs­te­ment, étais fier d’être à ses côtés, sachant inté­rieu­re­ment que j’en tire­rais sans doute quelques pri­vi­lèges. Ain­si, devant le grand mal­heur de cet homme, je ne per­ce­vais que son pou­voir, sa richesse.

Il me ten­dit un par­che­min sur lequel était impri­mé un poème. Je savais tout de suite qu’il s’a­gis­sait de ses der­nières paroles. L’es­prit imbi­bé de mon rêve ne me per­mit pas de com­prendre ni me sou­ve­nir de ce poème. Je me sou­viens cepen­dant que Job est allé se cou­cher sur son lit de chambre d’hô­tel, qu’il allait bien­tôt mou­rir. Le papier que j’a­vais entre les mains rece­lait un secret que j’a­vais encore à déchiffrer.

À la fenêtre de ma propre chambre, la lumière du matin est venue cogner aux parois de ce rêve rosée. Tout s’é­va­po­ra. J’en ai conser­vé un sen­ti­ment de paix.

Quoi dire d’autre ? Les rêves des autres n’in­té­ressent per­sonne, et c’est bien nor­mal. Jobs res­sem­blait tout de même à ce chat de la pho­to. Un ani­mal d’un autre uni­vers, une conscience dis­tincte, une vie étran­gère, et qui, pour­tant, jetait ses vagues contre mes falaises.

Je peux m’a­mu­ser à dire que je fus visi­té par un mes­sa­ger, un ange gar­dien, venu me ras­su­rer, me rap­pe­ler que la vie est riche. J’é­tais heu­reux, au réveil. J’ai pas­sé une très belle jour­née. L’ho­ri­zon, devant moi, est fait autant de tem­pêtes, de mort que de prin­temps, de nou­veaux recom­men­ce­ments. J’ai des vies. Il me faut toutes les vivre.

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