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Sur mon balcon

Modifié le : 2019/08/05

Je me suis ache­té une chaise longue. Ça et l’achat de ma planche à repas­ser il y a deux semaines, cela semble être le signal que je com­mence à m’installer vrai­ment dans ma mai­son, après quatre ans et demie…

Bien que je demeure près de l’autoroute métro­po­li­taine et que mon voi­si­nage n’est pas ce qu’il y a des plus buco­liques, j’ai tout de même la chance d’avoir des copro­prié­taires jar­di­niers et je jouis de l’ombre d’un grand frêne. Les oiseaux pul­lulent (mes voi­sins ont ins­tal­lé dans leur jar­din une fon­taine dans laquelle les oiseaux se baignent et s’abreuvent). J’entends et vois ain­si une nature bien ins­tal­lée en zone urbaine.

Mes tra­vaux de réno­va­tion vont len­te­ment mais sûre­ment. Il fait encore chaud, j’ai quelques argents devant moi, juste assez pour me per­mettre un peu plus de confort, quelques folies et espé­rer de pou­voir ter­mi­ner, jus­te­ment, cette troi­sième phase de bricolage.

Cette chaise longue arrive au moment où paraît en ligne Les Années-rebours. Une renais­sance élec­tro­nique puisque ce roman, et les deux pré­cé­dents sont épui­sés. Je suis à relire L’Effet Casi­mir que je me pro­mets de pro­po­ser éga­le­ment en for­mat élec­tro­nique très bien­tôt. Je cor­rige les coquilles, enlève ici et là quelques phrases, n’en rajoute cepen­dant pas. Le début de ce texte m’émeut, je retrouve ces per­son­nages sym­pa­thiques qui sont, à bien y pen­ser, les mul­tiples facettes de ma vie : l’amant écor­ché, le bon vivant, le crain­tif, l’écrivain lut­tant contre son manque d’inspiration, l’infidèle artiste, et aus­si l’homme qui a trou­vé son nid, qui s’est entou­ré de gens qui le calment, le nour­rissent. Je me sens aimé et plus qu’on pour­rait le pen­ser. Je rêve d’un lieu comme celui qu’habite cette vieille Marthe, aux abord d’un fleuve qui se perd déjà dans la mer.

Dix ans séparent L’Effet Casi­mir des Mailles san­guines. À relire le pre­mier, je m’aperçois des mêmes tics, des mêmes thèmes. Nous sommes comme ces arbres qui prennent racine et qui se contentent de cette vie à laquelle ils cherchent à don­ner toute leur amplitude.

J’aime cette chaise longue. J’y ai bien pas­sé deux heures ou trois heures par jour, ce wee­kend. Je prends enfin le temps, je béné­fi­cie de ce luxe du tra­vail accom­pli. Je ne peux certes m’endormir sur cette trop fine couche de lau­riers, mais, en ce moment, je regarde le frêne dan­ser, immo­bile comme un dro­gué heu­reux, des oiseaux sans cou­leurs à ses branches, tan­dis que, par les antennes de mon ordi­na­teur por­table, des cour­riers ner­veux tentent de s’introduire dans mon rêve.

Je rêve, n’est-ce pas ?

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