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Trac et impatience

Modifié le : 2019/08/08

La fin de l’é­cri­ture du roman ne m’a certes pas cal­mé, plu­tôt le contraire. Le sen­ti­ment du devoir accom­pli s’est vite mu en trac mélan­gé à de l’im­pa­tience, sans oublier le doute et l’i­né­vi­table bouillon­ne­ment des com­pa­rai­sons et des jalousies.

Il suf­fit de rôder autour des Édi­tions du Boréal, des Édi­tions Alto, Hélio­trope, pour n’en nom­mer que trois par­mi les bons édi­teurs ; il suf­fit de craindre qu’ils refusent mon manus­crit pour que l’or­gueil, encore une fois, en prenne un coup. Il suf­fit de lire les cri­tiques élo­gieuses sur tel ou telle auteur(e), de les com­pa­rer à mes écrits…

Quel­qu’un me disait, il y a deux jours, quand je lui ai annon­cé que j’a­vais ter­mi­né mon roman : « quoi, ça se ter­mine, un roman ? ». J’ai trou­vé la bra­vade on ne peut plus insen­sible et elle alla droit au coeur. Bien enten­du, un texte ne sera jamais ache­vé, on peut le réécrire sans cesse. Cepen­dant, il faut bien mettre le point final, pas­ser à autre chose. Et cet acte enclenche les autres machines, celle du désir d’être enten­du, celle aus­si inven­tée par le fou du roi qui nargue déjà toutes nos prétentions.

C’est fort, l’or­gueil. Pour­tant, quand je révi­sais mon roman, rien ne résis­tait à mon juge­ment. Des cha­pitres entiers sont pas­sés sous la hache. Main­te­nant qu’il faut lais­ser le regard et l’es­prit des autres fendre la peau de mes sen­sibles bali­vernes, je deviens pater­nel, mater­nel­le­ment étouffant.

Je ne suis pas un lit­té­raire dans le sens que je ne fré­quente ni les salons ni les librai­ries. Mon esprit est ailleurs et mon corps com­bat, s’en­ivre du bon miel des gens, mon coeur bat toutes les cha­mades. Il est donc fort à parier que la cri­tique sera sévère.

À ce stade, on peut me dire de ces­ser de me plaindre, et on aura bien rai­son. C’est que je ne me plains pas. Je ne fais que comp­ter ner­veu­se­ment le temps.

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