Traduction complétée | Guy Verville
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Traduction complétée

Je reviens au silence. Pendant un mois, j’ai traversé les textes écrits depuis 2011 dans l’univers succinct de mes promenades afin de les traduire, de relire ce que j’ai laissé entrevoir aux autres durant tout ce temps.

Je me suis à la fois dévoilé et caché. Je m’y suis reconnu, je me suis étonné de mon obstination à vouloir être publié, comment j’ai pu être naïf et pourtant vainqueur, comment rien de tout cela n’a modifié réellement ma vie.

J’ai souri à la transformation qui s’est opérée en moi, de la solitude du travailleur autonome à l’obtention d’un poste de directeur, de l’abandon et du retour vers la philosophie romantiquement personnelle qui nourrit je ne sais quoi, ma pensée ou mon corps ?

Je n’aurais pu accomplir cette tâche de traduction sans l’aide et le progrès des outils que sont deep.com et grammarly.com. Un lecteur anglophone pourra probablement comprendre ce que j’ai tenté d’exprimer sans pour autant se sentir à l’aise dans l’univers mécanisé de la traduction. Je le savais déjà, mais le vivre fut autre chose. Tout ne peut se dire exactement de la même manière dans une langue étrangère. Mon enflure verbale française a parfois l’air un peu ridicule devant la simplicité obligée de l’anglais. Les longues phrases coulantes comme des rivières passent mal les barrières de diktats de Grammarly. « Vos phrases paraissent monotones. » L’anglais n’aime pas l’écriture blanche du français. Il préfère les consonnes et le rythme. Il cherche, semble-t-il, davantage à respirer. Il est en quelque sorte plus guerrier.

Et moi, dans cette guerre ? Je reviens au silence du sentiment du travail accompli. Du moins ce travail-là. Je me suis astreint durant la semaine qui vient à compléter la traduction au point d’en avoir un léger mal de tête. J’étais supposément en vacances. J’étais plutôt en retraite personnelle, au tréfonds de ma substantifique moelle, là où j’aime tant me taire et pérorer.

Finir une tâche, surtout terminer le voyage d’un texte, est comme une de ces petites morts qui attirent les mâles. Quoi faire maintenant ? N’y a-t-il pas toutes ces tâches ménagères, cet escalier de la galerie avant à réparer, ces moulures de plancher à fignoler, ce toit dans la salle de bains à inspecter ? J’ai plus de facilité à me concentrer sur les mots que sur les choses telles une cigale semble l’être à son chant d’amour plutôt qu’à sa survie.

Toujours est-il que mon site est dorénavant bilingue. Je m’amusais à penser dernièrement que je pourrais le traduire maintenant en portugais afin de m’améliorer dans cette langue. Pourquoi je fais tout cela au fait ? Cette question transparaît tout au long de ces huit années de journal. Je ne semble jamais arrivé à bon port, tout comme je ne semble pas avoir vraiment quitté la terre ferme. L’existence demeure pour moi un spectacle enivrant, calme et vertigineux comme peut l’être le regard de Bouddha, anxiogène et implacable comme l’est le silence et la certitude de Shiva.

Ces cinq cents et quelques mots ont été écrits et révisés en quinze minutes. Toujours vers l’avant donc. Suis-je seul ?

Je ne sais pas, regardons ce que le texte anglais en pensera.

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