altPicture814587262

Traverser les saisons

Modifié le : 2019/07/18

Je devrai tra­ver­ser la ou les sai­sons avant de voir mon texte enfin publié. Je crois bien que j’ai dépas­sé le cap de l’impatience au point de deve­nir insen­sible au temps. Ce n’est pas que le pro­jet n’avance pas. Tout le contraire. On m’a pré­sen­té la cou­ver­ture et la nou­velle col­lec­tion à laquelle le livre appar­tien­dra. Je dois rece­voir ces jours-ci le manus­crit offi­ciel­le­ment révi­sé pour la der­nière fois, du moins dans son for­mat de trai­te­ment de texte. Par la suite, ce sera la mise en pages, puis la révi­sion tech­nique. Je devrai pro­ba­ble­ment four­nir une pho­to, on me pro­po­se­ra le texte du C4 (cou­ver­ture arrière). Ensuite, ce sera pour moi vrai­ment lar­guer les amarres.

Les libraires seront infor­més des nou­veau­tés de jan­vier ou février (on ne m’a pas encore don­né de date). Il y aura lan­ce­ment, indi­vi­duel ou col­lec­tif, une joie éphé­mère et pour­tant bien­ve­nue. Puis ce sera l’attente. Je connais ça, j’en ai vu d’autres et j’ai déjà refer­mé les écou­tilles. Il est pré­fé­rable d’attendre que le vent tourne, la tem­pête passe. Ça ne dure­ra pas long­temps. Seule res­te­ra la fier­té de cette sixième pierre blanche le long de mon petit sentier.

Entre-temps, pen­dant, et après se pour­sui­vront les sai­sons. Je me suis remis à la marche, n’étant pas tout à fait bien habillé pour affron­ter à bicy­clette les jours de pluie et de froid. Je me suis aper­çu il y a quelques jours que les manches de mon man­teau d’automne res­pi­raient la misère. Je n’ai pas les moyens de m’en ache­ter un autre et ce man­teau me tient encore au chaud. J’attendrai des jours meilleurs, sûre­ment l’automne prochain.

Des­sous le man­teau, j’ai revê­tu un chan­dail à capu­chon. Le man­teau pos­sède lui aus­si un capu­chon. J’ai l’air d’un vieux yo. Pas grave, je suis seul sur mon che­min. J’observe les arbres d’automne s’évertuer, encore une fois, à s’endormir digne­ment. De temps en temps, accro­chés aux bal­cons, des momies, des sque­lettes et des toiles d’araignée arti­fi­cielles. Ce sera bien­tôt l’Halloween. La ronde des fêtes bur­lesques com­mence. Je grince à chaque fois des dents.

Tu ne sais pas relaxer, pour­rait-on me dire. Je ne le nie pas, tout comme je me recon­nais dans le per­son­nage prin­ci­pal de mon roman, ce Serj, aux racines incer­taines. Je revoie bon nombre de per­son­nages écrits dans ces textes, et ils parlent tous de la même chose : d’une ambi­gui­té sociale entre­mê­lée de paix et d’angoisse. 

Tout don­ner donc, tout pro­mettre, pour une bou­chée de pain, une caresse ou un sou­rire. Tout don­ner à la vie, attendre impa­tiem­ment le jour où j’accosterai une terre nou­velle et où, de la forêt au loin, des yeux m’assureront que je ne suis pas seul au monde.

J’écrivais cela, en coda de La vie dure, titre pro­ba­ble­ment mal com­pris et sciem­ment ambivalent. 

À défaut de com­prendre, sub­sistent le luxe et délice de recom­men­cer. Der­nière phrase des Années-rebours.

Cela ne trompe pas, je ne fais que tra­ver­ser les sai­sons. Tout le monde subit le même sort. Je suis l’un de ceux qui se croient obli­gés de le dire. Tout de même, c’est loin, jan­vier 2015…

altPicture2066060573

#6f7642
#7a7c7b