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Troisième refus

Modifié le : 2019/08/05

Le refus arri­va lun­di, par un cour­riel laconique.

Après avoir lu avec atten­tion votre manus­crit inti­tu­lé Les mailles san­guines, le comi­té de lec­ture des édi­tions … ne l’a pas rete­nu pour publication.

Nous vous sou­hai­tons néan­moins la meilleure des chances auprès de nos confrères et vous remer­cions de nous avoir confié votre manuscrit.

Res­pec­tueu­se­ment,

Je ne l’ai pas annon­cé tout de suite, non pas par gêne, mais par modes­tie. Je vou­lais éga­le­ment mieux com­prendre ce qui se pas­se­rait en moi. Per­sonne n’aime l’échec, et encore moins moi qui eut plu­tôt la vie facile de ce côté. Si les heures qui sui­virent furent trou­blées, j’ai len­te­ment rele­vé la tête.

Je sais que mon manus­crit (tapus­crit s’entête à écrire mon ancien édi­teur, par sou­ci de confor­mi­té à la réa­li­té) doit être retra­vaillé. J’ai déjà relu, par­fois réécrit 24 des 81 cha­pitres. Je me sur­prends de ma patience et suis heu­reux de consta­ter que je ne me décou­rage pas plus outre mesure. J’ai pris du temps à écrire Les Mailles san­guines, j’ai été vague dans le temps, j’ai vécu autre chose. Si on n’écrit pas tous les jours, les doigts et les idées s’endorment. C’est comme le corps que l’on aban­donne au confort.

Ces refus m’obligent à refroi­dir mon regard, à deve­nir sym­bo­li­que­ment un édi­teur, quelqu’un qui aura beau­coup lu et qui ne se sur­prend plus pour grand-chose.

Et si je relève tou­jours la tête c’est que, 1) oui je suis obs­ti­né, 2) ce texte reflète mon âme, les per­son­nages révèlent les coins les plus intimes de ma vie et il faut donc que j’aille jusqu’au bout. Voi­là, la pire des choses qui puissent arri­ver à cha­cun d’entre nous est d’abandonner en cours de route.

Des trois refus reçus, je pré­fère le deuxième, celui de la grande mai­son d’édition qui fut la seule à me dire un petit quelque chose et qui me demande de reve­nir vers eux, une fois le texte retravaillé.

Quant aux deux autres, ils ne me doivent évi­dem­ment rien, mais je les trouve pares­seux à sou­hait, ou fri­leux. Puisque vous exer­cez le métier d’éditeurs, gentes per­sonnes, ayez du cou­rage, n’hésitez pas à bles­ser les auteurs avec le glaive de vos opi­nions. Vous avez pro­ba­ble­ment tort et rai­son, cela importe peu. Ce n’est cepen­dant pas en demeu­rant poli­ti­que­ment cor­rects que vous haus­se­rez le niveau de la lit­té­ra­ture d’ici. Sinon, si vous per­sis­tez ain­si, c’est que vous n’êtes que des bureaucrates.

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