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Tu le savais, mon frère?

Modifié le : 2019/07/23

Je ne regrette rien, dit la célèbre chan­son. Je ne sais si cela s’applique à moi, car pour regret­ter, il faut se sou­ve­nir, il faut pou­voir sen­tir les marques encore rouges d’heures pré­cises. Je ne me sou­viens de rien, à peine est-ce là un lit­té­raire mensonge.

En réin­ven­tant le site Web de la famille (http://familleverville.org), j’ai revu quelques-uns de mes gestes pas­sés sans pour autant vrai­ment sai­sir qu’il s’agissait de mon âme. Ces pho­tos, pour­tant, je les vues sou­vent. Ce sont elles qui ont for­gé l’idée que l’on se fait de son enfance, de son bon­heur aussi.

Je ne retrouve rien de tout cela en ce moment. Ma vie n’est pas là. Elle flotte dans un pré­sent insai­sis­sable, elle s’étiole et sombre dans le gou­lot d’un sablier. Je ne peux regret­ter le pré­sent, car il est tou­jours là. Je ne peux m’en sou­ve­nir, puisqu’il est vivant, fluc­tuant et mys­té­rieux. Il échappe à tout enten­de­ment, devient rapi­de­ment un pas­sé que je peux cata­lo­guer, ran­ger par-des­sus les autres images alors que l’instant pré­sent, le now des Anglais, happe aus­si­tôt le pos­sible du futur avec un grand point d’exclamation.

Je regrette pour­tant de perdre ce temps, cette eau qui me file entre les doigts avant que je n’aie eu le réflexe de la por­ter à ma bouche et de la boire comme une liqueur d’orgasme.

J’ai le goût de prier, de m’agenouiller, de m’étirer tels les chats dés­œu­vrés, tels les lions ras­sa­siés. Dor­mir inno­cem­ment dans le pré­sent. J’ai le goût de vivre. S’agit-il d’un vœu pieux ? Je pense trop ? Je ne suis pas suf­fi­sam­ment animal ?

Car mon esprit se nour­rit d’insomnie, furieux, avide de bâtir encore et encore, anxieux de tout cata­lo­guer, parce qu’il est Cas­sandre, et que per­sonne, pas même moi, ne l’écoute vrai­ment. Il y a des gens pour vivre sans pen­ser, sur­tout les mal­heu­reux qui luttent pour cal­mer leur faim ou leur dou­leur. Je ne sais pas de quoi je me plains.

J’entends ce cri tout de même. Je suis là pour dire et, demain, mal­gré que mes écrits res­tent, je me cogne­rai la tête sur d’autres saveurs.

Je me sou­viens, dit la Pro­vince. De quoi ? je me demande. Je ne regrette tou­jours rien, redit la chan­son. Peu importe, je crois, puisque de toute manière, nos sou­ve­nirs, nos pho­tos, le mal qu’on nous a fait, que l’on a cau­sé, le bien qu’on a man­gé, qu’on a don­né, cela est pour la mémoire des autres. Nous, nous serons morts, tu le savais, mon frère ?

Classé dans :famille

Commentaires

  • nikos

    nikos 2019/07/23 23:15 0

    Toujours cette plume... Moi, mon enfance me berce, si dur, elle a été, pourtant.. L'innocence, loin de la duretés des Hommes... Je n'ai rien oublié! Je sais mon frère!... Mon seul frère!

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